Jacques Bonnaffé a fait des mots son territoire. Dans un entretien accordé au Monde, publié le 2 août dans le cadre de la série d’été, l’acteur, né en 1958, livre une conviction profonde : « Beaucoup de mots attendent qu’on les entende. » Une phrase qui résume à elle seule une carrière vouée à la rencontre entre le texte et sa voix.
Comédien de théâtre et de cinéma, Jacques Bonnaffé est connu pour sa diction précise et son goût des auteurs exigeants. Depuis ses débuts dans les années 1970, il a multiplié les collaborations, de la scène à l’écran, sans jamais cesser d’explorer les ressources de la langue française.
Un acteur habité par les mots
Pour lui, le texte précède l’interprétation. Il écoute la matière sonore des phrases avant d’en chercher le sens. Cette approche, à la fois sensuelle et respectueuse de l’écriture, le conduit à travailler aussi bien des œuvres classiques que contemporaines. Les mots ne sont pas de simples signes ; ils portent une histoire, une musique, une mémoire.
« Beaucoup de mots attendent qu’on les entende », répète-t-il dans l’entretien. Cette phrase peut se lire comme une définition de son métier : rendre audible ce qui est écrit, redonner chair aux énoncés que la lecture silencieuse fige. L’acteur se fait ainsi l’interprète d’une langue vivante, en constante résonance avec le présent.
Une carrière entre cinéma et théâtre
Au fil de près de cinquante ans de carrière, Jacques Bonnaffé a traversé les esthétiques et les générations. Son parcours illustre une curiosité jamais démentie pour les écritures les plus diverses, du répertoire classique aux auteurs contemporains. Cette diversité lui a permis de construire une relation privilégiée avec les mots, qu’il aborde toujours avec une inquiétude positive.
Au cinéma comme au théâtre, il privilégie les projets qui lui offrent une matière textuelle forte. Il n’hésite pas à passer de la tragédie à la comédie, du vers à la prose, avec une aisance qui témoigne d’une connaissance intime du fonctionnement de la langue. C’est cette familiarité qui rend sa parole si singulière.
La scène comme espace d’écoute
Jacques Bonnaffé ne se contente pas de dire un texte : il l’écoute. Il aime à répéter que le comédien est d’abord un « auditeur » du verbe. Sur scène, chaque mot agit comme une note dans une partition, et la voix devient l’instrument qui révèle les silences, les rythmes, les accents cachés.
Cette conception du jeu explique sans doute sa longévité et sa singularité dans le paysage artistique français. En refusant les habitudes de l’interprétation convenue, il ouvre un espace où la langue retrouve son pouvoir d’étonnement. C’est dans cet écart que se produit l’émotion : quand un mot oublié, ou simplement mal entendu, retrouve soudain son évidence.
Transmettre la langue
L’entretien au Monde est également l’occasion de rappeler que la langue française est en perpétuel mouvement. L’acteur insiste sur la nécessité de la transmettre, notamment aux plus jeunes, à travers l’oralité, le théâtre et la lecture à voix haute. « Beaucoup de mots attendent qu’on les entende », répète-t-il, comme un appel à rendre leur place à des mots délaissés.
Cette réflexion s’inscrit dans un moment de sa carrière où il alterne récitals, mises en scène et interventions dans les écoles. Pour lui, l’acteur a un rôle de passeur : il doit donner à entendre ce qui semble parfois réservé aux livres. Les mots ont besoin d’être prononcés, non pour être conservés, mais pour vivre encore.
Un geste poétique et politique
La déclaration de Jacques Bonnaffé dépasse le simple propos esthétique. Dans un contexte où la parole se fragmente, il défend une langue commune, partageable et incarnée. Les mots attendent : c’est une invitation à la lenteur, à l’attention, à la rencontre. Par cette phrase, il rappelle que notre rapport à la langue n’est jamais neutre : il engage un rapport au monde.
En choisissant cette phrase pour titre du premier volet de la série d’été, Le Monde met en lumière une conception de l’art comme lieu d’hospitalité langagière. Jacques Bonnaffé, lui, continue de parcourir les scènes et les plateaux, convaincu que chaque mot trouvé est une petite victoire sur l’oubli. Son combat est simple : faire en sorte que les mots ne restent pas lettre morte.



