David Foenkinos : « L'humour est la politesse du désespoir »
David Foenkinos : l'humour, politesse du désespoir

« L'humour est la politesse du désespoir » nous a rappelé David Foenkinos à propos de son nouveau livre « Je suis drôle », en attendant de venir à Cannes le 20 mai et à Nice le 30. En attendant de participer, le 20 mai, à une rencontre à la Médiathèque de Cannes et le 30 mai au festival du livre de Nice, David Foenkinos nous a parlé de son nouveau roman, « Je suis drôle », paru chez Gallimard. Un livre vibrant en forme de réflexion sur l'humour. Tout en revenant sur son succès phénoménal qui, porté par les réseaux sociaux, en fait désormais l'icône d'une nouvelle génération de lecteurs.

David Foenkinos, « Numéro deux », à l'image du titre de son précédent ouvrage, des ventes de livres en France. C'est un habitué de la Prom' comme des marches cannoises. On se souvient de sa venue-pèlerinage à Villefranche, en 2015, sur les traces de Charlotte Salomon, l'héroïne de « Charlotte ». Et plus récemment de sa venue à Roquebrune-Cap-Martin, en 2025, en tant que président du salon Lecture en fête. David Foenkinos, l'un des auteurs les plus lus de France, numéro 2 des ventes en 2025 avec 793 000 livres vendus, revient dans le Sud avec son petit dernier sous le bras : « Je suis drôle ». Un titre en forme de mantra, presque d'exclamation désespérée, qui suit le parcours de Gustave Bonsoir, un jeune homme persuadé de sa vocation comique malgré des échecs cuisants. De son passage attendu au Festival du Livre de Nice à sa venue au Festival de Cannes, l'écrivain a décortiqué pour nous au téléphone cette mécanique du rire qui cache souvent une profonde mélancolie.

Quel a été le point de départ de ce nouveau roman, « Je suis drôle » ?

Cela faisait longtemps que je voulais écrire sur l'humour. J'ai une immense admiration pour ceux qui font rire. Être drôle, c'est une façon d'exister, d'être validé par les autres. C'est la « politesse du désespoir » : une manière de ne pas encombrer l'entourage de sa propre mélancolie. Parallèlement, je voyais ma fille regarder des vidéos de sketchs et je constatais l'explosion des comedy clubs. Toute une génération est aujourd'hui soumise à ce désir de faire rire sur les réseaux sociaux. On voit même apparaître des cours de yoga du rire ! J'ai eu envie de raconter le destin de Gustave, un jeune homme qui veut réussir à tout prix, mais qui n'est peut-être pas si drôle que ça…

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C'est un roman d'apprentissage dans lequel le héros cherche avant tout l'amour ?

Exactement. Pour Gustave, le rire est une « caresse sonore ». Il a eu une enfance difficile et cherche dans le public une consolation, un réconfort qu'il n'a pas eu. L'humour est le chemin le plus court vers la validation. Mais il y a un revers : le comique finit par se sentir responsable du bien-être de chacun. S'il y a un « blanc » dans une conversation, il se sent obligé de le combler. C'est épuisant. J'ai voulu montrer que l'humour et la tristesse sont les deux versions d'une même émotion.

Au cœur du livre, vous évoquez un concept étonnant : le « Musée de la Tristesse ». D'où vient cette idée ?

C'est un lieu « sponsorisé par Kleenex » ! Une traversée du chagrin à travers les œuvres, les films, les musiques. On aime parfois voir des films pour pleurer, c'est un plaisir déconnecté de notre réalité. Ce personnage de Marco Komeda, qui crée ce musée, reflète aussi l'évolution de l'art actuel, qui devient très ludique, très « instagrammable ». On passe parfois de Caravage à Disneyland. Je ne le critique pas, l'art peut être partout, mais ce décalage m'amusait.

Dans le roman, Gustave est sauvé par le regard de deux femmes qui croient en lui…

C'est le thème du destin. Parfois, nous ne sommes pas responsables de notre propre envol ; ce sont les autres qui voient en nous un potentiel que nous ignorons. J'ai vécu cela avec mon premier éditeur, Jean-Marie Laclavetine. Mon premier manuscrit avait été refusé partout. Il a écrit une note disant : « C'est bordélique, mais ça vaut le coup d'essayer. » Il a été le seul à y croire pendant dix ans, jusqu'au succès de « La Délicatesse ».

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Vous vivez aujourd'hui un phénomène surprenant : votre lectorat a rajeuni de manière spectaculaire.

C'est totalement surréel ! Il y a quatre ans, la moyenne d'âge de mes lecteurs était de 50-60 ans. Aujourd'hui, en dédicace, j'ai des files d'attente de jeunes de 15-20 ans. C'est l'effet des réseaux sociaux. Une jeune fille a fait une vidéo sur « Vers la beauté » qui a dépassé le million de vues. Ça a fait boule de neige. Voir des ados me dire « avant vous, je ne lisais pas », c'est une émotion extraordinaire. Je ne suis pas pour autant le « Patrick Bruel de la littérature » (rires), mais cette transmission me touche profondément.

Vous serez très présent sur la Côte d'Azur au mois de mai, entre Cannes et Nice, qu'est-ce que cela vous inspire ?

Je suis très heureux d'être invité par la mairie de Cannes à la médiathèque, et de faire la montée des marches, d'autant que l'une des scènes du livre s'y déroule ! Le Festival de Cannes est pour moi comme une machine à fantasmes dont la magie reste intacte. Ils vont projeter « La Délicatesse », c'est formidable ! Je suis ravi aussi de confirmer ma présence au Festival du Livre de Nice, le dimanche 30 mai après-midi. Par rapport à cette ville, je garde aussi un excellent souvenir de mes passages au CUM (Centre Universitaire Méditerranéen), notamment pour « Charlotte » (Prix Renaudot et Goncourt des Lycéens 2014). C'est un centre très actif, j'y avais rencontré des classes de secondes et troisièmes en 2015, c'était marquant.

Pour en revenir à « Je suis drôle », pour vous, la vie est un mélange permanent de gravité et de légèreté ?

Tout à fait : on rit parfois aux enterrements et il n'est pas rare que l'on pleure lors d'une naissance ! Nos réactions physiques sont la preuve éclatante de cette dualité physique des émotions. Et si d'aucuns attribuent mon succès à une certaine simplicité d'écriture, je ne me vis pas comme un auteur creux. J'adore raconter des histoires, et j'ai toujours autant de goût et de plaisir à le faire.

« Je suis drôle », David Foenkinos, Éditions Gallimard. 20 euros. 185 pages. Rencontre dédicace avec David Foenkinos : mercredi 20 mai à la Médiathèque Noailles à Cannes. À 18 h échange sous les pins avec le public, suivi d'une séance de dédicaces. À 19 h 15 projection, introduite par David Foenkinos, du film culte « La Délicatesse ». Gratuit. Sur réservation au 04.97.06.44.83.