En l'emportant sans trembler à Reims (3-0) vendredi 15 mai, Les Pirates de Royan ont déjoué tous les pronostics. Ils évolueront parmi l'élite la saison prochaine, couronnement du pari fou pris en 2023 par le président-joueur David Guelle.
Un sacre au bout du suspense
Quelques dizaines de secondes de suspense ont retardé le sacre des Pirates dans la cité des rois. La vidéo du 25e point gagnant des Royannais dans le troisième set a été décortiquée un long moment. Dans un coin du terrain, les remplaçants charentais-maritimes trépignaient, David Guelle le premier. Le président-joueur du Royan Atlantique Volley-ball et ses troupes n'attendaient que la validation de l'évidence pour se précipiter dans les bras de leurs coéquipiers titulaires. Point pour Royan, troisième set, victoire et délivrance : les Pirates évolueront la saison prochaine en Marmara SpikeLigue, l'élite. La défaite, dans le même temps, du dauphin Martigues est devenue anecdotique. Les Pirates sont allés chercher leur titre seuls, le couteau entre les dents, étrillant pour la quatrième fois de la saison des Rémois valeureux mais impuissants face à la volonté et à la supériorité de l'équipe coachée par Grégory Alleix.
« Nous étions bien la meilleure équipe de la poule », souriait l'entraîneur royannais, aussi fou de joie que ses joueurs. Encore sacré meilleur joueur du match à Reims vendredi 15 mai, Cheikh Diop est tombé dans les bras de son entraîneur, Grégory Alleix. L'attaquant croyait au titre depuis le début de la saison.
La force du collectif
Cette saison pleine (23 victoires en 30 matchs, 5 points d'avance sur le deuxième), le Royan Atlantique Volley-ball la doit d'abord à la force collective de ses Pirates. Déterminante, confirme l'attaquant Cheikh Diop. « Ce qui a fait la différence, sur la durée, c'est qu'on a un groupe incroyable, cette année ! Personnellement, je suis triste que ça s'arrête. Même si on a un titre, ce groupe-là, on ne l'aura plus jamais et ça me fait un petit pincement au cœur. »
Un exploit collectif de cette nature relève d'une alchimie complexe, savant mélange d'une dynamique de groupe et de destinées individuelles. Gauthier Bonnefoy, par exemple, a dû attendre ses 30 ans et le crépuscule de sa carrière pour connaître le bonheur d'un titre. Le capitaine exemplaire des Pirates a fondu en larmes, après avoir tout donné sur le terrain. Ils laisseront ceux de ses partenaires qui monteront à l'étage supérieur orphelin de son niveau sportif et de son engagement sans faille. À 30 ans, Gauthier Bonnefoy a conclu à Reims sa carrière professionnelle sur son premier titre.
La victoire d'un coach
Parmi ces histoires dans l'histoire, on se doit aussi de citer Grégory Alleix. Lui, l'un des premiers Pirates, du temps, encore, de l'UGS Saintes-Royan, avait vendredi une pensée « pour ceux qui pensent qu'il faut être un joueur de haut niveau pour être un bon entraîneur ». En l'espace de trois saisons à la tête d'un effectif professionnel, Grégory Alleix a amené les Pirates en demi-finale de play-off et au titre de champion de Ligue B, synonyme d'accessit à la Marmara SpikeLigue, l'élite du volley-ball français, une première pour le sport collectif royannais.
« Une pensée pour ceux qui pensent qu'il faut être un joueur de haut niveau pour être un bon entraîneur »
Vendredi, Grégory Alleix a savouré, en famille. Parmi la quinzaine de supporters des Pirates, qui se sont fait entendre dans une salle Armand comble pour assister au sacre du roi de la Ligue B, le coach royannais a pu compter sur Stéphanie, son épouse, et leur fille Adélie, tous les trois rejoints pour la photo souvenir par le quatrième pilier de la famille, Lucas, joueur… de Reims. Titulaire vendredi, Lucas Alleix animé par « des sentiments partagés », forcément, à l'issue du match. « À la fois, je suis très fier de mon père et j'ai envie de fêter la victoire avec lui, mais mon éthique de sportif me fait dire que je suis un peu dégoûté (de la défaite de Reims). » Le destin a voulu que s'affrontent, quatre fois cette saison, Grégory Alleix et son fils Lucas, joueur au Reims Volley 51.
« De meilleures conditions »
L'histoire des Pirates aurait pu tourner court, au à la fin du printemps dernier, au terme d'une saison quasi blanche conclue par une triste dernière place, mais « ce soir (vendredi), je pense aussi à David (Guelle), qui a fait confiance à ma méthode », rappelait Grégory Alleix. Intuition payante de la part du président et désormais ex-joueur. Surtout, le RAVB s'est donné les moyens de cette réussite. « Cette saison, on a créé de meilleures conditions et on a mieux travaillé, parce que j'avais des gars quasiment tous à temps plein. ça fait trois ans que les conditions s'améliorent. Cette année, on n'est pas loin de la perfection. »
Ces « meilleures conditions » sont aussi passées par une gestion des déplacements plus conforme aux exigences du haut niveau. « À Reims, comme pour tous les matchs à l'extérieur, le groupe est parti l'avant-veille. C'est plus coûteux pour le club, mais sportivement, on a vu que ça fonctionnait », plaide Sophie Colus, manager général du club. Le RAVB gardera certainement ce mode de fonctionnement la saison prochaine en élite. Ces questions d'organisation, d'argent, de soutien des collectivités, le club s'en préoccupera à nouveau dans quelques jours. Arrivés dès le début d'après-midi, samedi 16 mai, les Pirates voulaient d'abord savourer et fêter chez eux, à Royan, ce titre auquel Cheikh Diop était le seul à croire au début de saison.



