"Corps à cœur" : Un livre de dark romance au cœur d'une tempête judiciaire pour apologie de la pédophilie
Depuis près de deux jours, les réseaux sociaux sont en ébullition autour du livre de dark romance Corps à cœur de Jessie Auryann. De nombreux lecteurs accusent l'autrice de promouvoir le viol sur de jeunes enfants, déclenchant une vague d'indignation massive. Comme nous l'avions révélé le 23 février, une pétition avait été lancée pour exiger le retrait de l'œuvre des plateformes de vente comme Amazon, recueillant des centaines de milliers de signatures en quelques heures seulement.
La Haute-commissaire à l'Enfance saisit la justice
Signe que les autorités surveillent de près cette affaire, la Haute-commissaire à l'Enfance, Sarah El Haïry, a annoncé avoir saisi la justice pour demander le retrait immédiat de ce livre. Dans un message publié sur X, elle a fermement déclaré : « On ne peut pas tout écrire au nom de la 'dark romance'. Certains extraits relèvent clairement de l'apologie de la pédophilie et de la pédocriminalité. Face à ces dérives à des fins récréatives ou lucratives, nous avons le devoir d'agir. J'ai saisi la plateforme Pharos et la justice ». Cette intervention rapide souligne la gravité des accusations portées contre l'ouvrage.
L'autrice, Jessie Auryann, qui n'a pas répondu à nos demandes d'interview, se défend vigoureusement en se présentant comme victime d'une « campagne de dénigrement et de désinformation ». Elle affirme assumer chacun des mots choisis dans son livre, mais a néanmoins supprimé tous ses comptes sur les réseaux sociaux, alimentant les interrogations sur sa position. Cette situation pose une question fondamentale : sous couvert de la fiction, peut-on vraiment tout écrire sans limites ?
Amazon retire le livre, mais les conséquences judiciaires pourraient être lourdes
En quelques heures seulement après la diffusion d'extraits choquants sur les réseaux sociaux, les associations de protection de l'enfance et les plateformes de vente ont réagi avec célérité. Publié en autoédition, Corps à cœur était disponible sur Amazon jusqu'à son retrait le 24 février. Le géant du e-commerce a confirmé avoir procédé à un « examen urgent du titre signalé » avant de décider de le supprimer définitivement de ses ventes. Cette action répond directement à la pétition lancée par l'influenceuse littéraire Anaïs Petrelli, qui déclarait : « Nous, citoyens, lecteurs et acteurs du monde du livre, affirmons que la liberté de création est un droit fondamental. Toutefois, ce droit ne saurait servir de bouclier pour diffuser des contenus qui contreviennent aux lois impératives protégeant l'intégrité des mineurs ».
Malgré ce retrait, l'autrice pourrait faire face à de graves sanctions pénales. Maître Frédéric Benoit, avocat de l'association La Voix De l'Enfant, explique que si la justice estime que le livre contient des descriptions d'agressions sexuelles ou de viols sur enfants, il pourrait tomber sous le coup de l'article 227-23 du Code pénal. Cet article réprime sévèrement « la diffusion de toute représentation de mineurs à caractère pornographique », avec des peines pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. L'avocat précise cependant qu'une analyse approfondie du texte est nécessaire : « On peut très bien imaginer que dans un ouvrage, il y ait la description d'une scène d'un enfant qui se fait violer, sans aucune apologie, et on ne va effectivement pas avoir la tentation de poursuivre. Par contre, si on est là, dans une sorte de complaisance dans la représentation, on peut tomber sous le coup de l'apologie ».
Pour l'instant, La Voix De l'Enfant n'a pas prévu de porter plainte, mais Maître Benoit reconnaît que « si Sarah El Haïry a annoncé saisir la justice, il y a de grandes chances pour que nous aussi ». De son côté, l'association Face à l'inceste a déjà annoncé son intention de déposer plainte contre l'autrice et ses revendeurs, dont Amazon.
Amazon et l'avenir incertain de la dark romance
Disponible sur Amazon pendant plusieurs mois, le retrait de Corps à cœur n'empêchera pas les enquêtes judiciaires. Maître Benoit souligne que « à partir du moment où ça a été diffusé, ça a été vendu, je ne vois pas comment on pourrait considérer que l'infraction n'est pas constituée, si on considère qu'il y a infraction ». Il estime qu'Amazon pourrait tenter de se défendre en invoquant « l'absence d'éléments intentionnels et dire que c'est une négligence ». Le géant du e-commerce et les autres revendeurs pourraient également être concernés par l'article 421 du Code pénal, qui qualifie les actes terroristes, avec des peines pouvant atteindre dix ans d'emprisonnement et 225 000 euros d'amende.
Au-delà des aspects judiciaires, cette affaire jette une ombre sur l'avenir du genre littéraire de la dark romance. Sur les réseaux sociaux, de nombreux utilisateurs appellent au boycott de ce genre, critiquant sa « glamourisation de schémas de violences patriarcales » et dénonçant le fait que « les lecteurs de dark romance adorent les scènes de viol pour leur charge fantasmatique ». Ces réactions montrent une inquiétude grandissante quant à l'impact de ces œuvres sur les jeunes lecteurs.
Des autrices comme Joyce Kitten, auteure de Toxic (Éditions Hugo), expriment leur préoccupation : « Cette histoire a mis un énorme coup aux spécialistes qui défendent nos romances. Nous n'écrivons pas ce genre de chose, il y a des lois et on ne va jamais au-delà du cadre légal. À la base, on doit parler d'une histoire d'amour et là on parle d'un homme et d'un nourrisson. On peut donc dire que le souci c'est l'autrice, pas le genre ». Elle ajoute, exaspérée : « On explore les facettes sombres de l'humain mais pas comme dans Corps à cœur. Même des autrices très trash n'ont jamais pensé écrire et banaliser de pareils actes ».
Cette affaire révèle ainsi les tensions croissantes entre liberté créative et protection des mineurs, posant des questions éthiques et légales qui pourraient redéfinir les limites de la fiction dans les mois à venir.



