Le jour où j’ai croisé le fantôme de Habermas
Croiser le fantôme de Habermas dans le tram

Chronique de Mara Goyet. Le matin, dans le tram, je le vois souvent. C’est un monsieur âgé aux cheveux blancs, tranquille, paisible avec ses lunettes. Presque ordinaire. N’était cette particularité saisissante : il entretient une ressemblance troublante avec le philosophe Jürgen Habermas. Soit, j’en conviens, quelque chose d’un peu moins vendeur que d’être le sosie vocal de Johnny ou physique de Claude François.

Ce qui m’a paru le plus étrange, c’est que je ne l’avais jamais remarqué avant la mort du grand penseur allemand, en mars. Désormais, je le croise plus d’une fois par semaine. J’ai évidemment émis toutes les hypothèses d’usage et passé en revue de nombreuses théories qui expliqueraient cette apparition soudaine. Serait-ce un fantôme ? Une hallucination collective ? Ou simplement le fruit de mon imagination stimulée par l’actualité ?

Cette rencontre fortuite m’a poussée à replonger dans l’œuvre de Habermas, décédé en mars dernier. Philosophe majeur de l’école de Francfort, il a profondément marqué la pensée contemporaine avec ses travaux sur l’agir communicationnel, l’espace public et la démocratie délibérative. Le voir, ou plutôt son sosie, chaque matin dans le tramway, c’est comme un rappel discret de l’importance du dialogue et de la raison dans nos vies quotidiennes.

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Peut-être que ce monsieur âgé n’est qu’un voyageur ordinaire, mais pour moi, il est devenu le symbole d’une présence intellectuelle qui persiste au-delà de la mort. Une manière de dire que les idées, elles, ne meurent jamais vraiment.

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