Les contes aident à digérer nos angoisses fondamentales
Contes : digérer nos angoisses fondamentales

Dans un entretien accordé au Monde des Religions, l'anthropologue Jean-Loïc Le Quellec affirme que les contes permettent de « digérer nos angoisses fondamentales ». Selon lui, ces récits ancestraux, présents dans toutes les cultures, jouent un rôle psychologique essentiel en offrant une mise en scène symbolique des peurs humaines universelles, comme la mort, l'abandon ou la violence.

Une fonction cathartique universelle

Le Quellec, spécialiste des mythes et des contes, explique que ces histoires ne sont pas de simples divertissements, mais des outils de résilience. « Les contes mettent en scène des situations extrêmes – ogres, loups, sorcières – qui représentent nos peurs les plus profondes », déclare-t-il. En les écoutant, l'enfant ou l'adulte peut projeter ses angoisses sur ces figures et, in fine, les apprivoiser. L'anthropologue cite l'exemple du Petit Chaperon rouge, qui symbolise le danger de la séduction et de la prédation.

Il rappelle que ces récits ont été transmis oralement pendant des millénaires avant d'être fixés par l'écrit. « Le conte est un genre littéraire qui a traversé les âges parce qu'il répond à un besoin fondamental de l'être humain : donner un sens à ses peurs », ajoute-t-il. Selon lui, la psychanalyse, notamment avec Bruno Bettelheim, a déjà souligné cette fonction, mais l'approche anthropologique permet de la replacer dans un cadre culturel plus large.

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Des invariants culturels

Jean-Loïc Le Quellec a étudié des milliers de variantes de contes à travers le monde. Il constate que certains motifs reviennent de manière quasi identique dans des sociétés très éloignées géographiquement. « Par exemple, le thème de l'enfant qui se perd dans la forêt se retrouve aussi bien en Europe qu'en Afrique ou en Asie », précise-t-il. Ces invariants suggèrent que les contes puisent dans un inconscient collectif, comme l'avait pressenti Carl Jung.

L'anthropologue insiste sur le fait que les contes ne sont pas figés : ils évoluent avec les sociétés. « Aujourd'hui, on voit apparaître des versions modernes qui intègrent des préoccupations contemporaines, comme l'écologie ou le harcèlement scolaire », observe-t-il. Mais la structure profonde reste la même : un héros ou une héroïne doit affronter des épreuves pour triompher de ses peurs.

Une pédagogie de la peur

Pour Le Quellec, les contes ont aussi une vertu éducative. « Ils apprennent aux enfants à gérer leurs émotions, à identifier les dangers et à trouver des solutions », explique-t-il. En cela, ils diffèrent des produits culturels contemporains, souvent trop aseptisés. « Les contes ne cachent pas la réalité : la mort, la trahison, la violence y sont présentes, mais toujours surmontées », souligne-t-il.

L'anthropologue met en garde contre une tendance à édulcorer les contes pour les rendre plus « politiquement corrects ». « Si on enlève les aspects effrayants, on les prive de leur efficacité psychologique », avertit-il. Il cite l'exemple des versions Disney, qui gomment souvent les fins tragiques ou les détails violents, mais qui selon lui perdent une partie de leur pouvoir cathartique.

Un rempart contre l'angoisse moderne

Dans un monde marqué par l'incertitude et les crises, Jean-Loïc Le Quellec estime que les contes retrouvent une actualité. « Face aux angoisses écologiques, sanitaires ou géopolitiques, les contes offrent un cadre rassurant : ils racontent que, même dans l'épreuve, il est possible de s'en sortir », affirme-t-il. Il encourage les parents et les éducateurs à continuer à transmettre ces récits, car ils constituent selon lui un « antidote » à l'anxiété contemporaine.

L'entretien se conclut sur une note optimiste : « Les contes nous rappellent que nos peurs ne sont pas insurmontables. Ils sont une invitation à les affronter, avec courage et imagination. »

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