Pierre Bayard réouvre les cold cases de la mythologie grecque
Cold cases en Grèce antique : Bayard réexamine les mythes

Pierre Bayard plonge dans les cold cases de la mythologie grecque

Une cité antique décimée par une épidémie mystérieuse, dont l'origine remonterait à un meurtre jamais résolu. Un enquêteur opiniâtre qui fouille le passé pour identifier l'assassin, et découvre, au terme d'investigations acharnées, que le coupable n'est autre que lui-même. Les amateurs de tragédies grecques reconnaîtront sans peine l'intrigue géniale d'Œdipe roi de Sophocle.

Œdipe, premier polar de l'humanité

Pierre Bayard, professeur à l'université Paris-VIII, psychanalyste et auteur d'ouvrages intellectuellement stimulants comme Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? ou Qui a tué Roger Ackroyd ?, avait déjà consacré un livre passionnant à cette affaire il y a quelques années : Œdipe n'est pas coupable (Minuit, 2021). Fondateur de l'association Intercripol, l'équivalent pour la fiction d'Interpol, dont la mission est de traquer les criminels littéraires échappant à la justice des textes, Bayard y démontrait l'innocence du roi de Thèbes et pointait du doigt sa mère et épouse, Jocaste. Une révision audacieuse de la version traditionnelle.

Pour Bayard, Œdipe Roi représente ni plus ni moins que le premier polar de l'humanité. Aujourd'hui, il revient sur cette affaire, ou plutôt sur ses conséquences, dans Cold cases en Grèce antique. Ce recueil, qu'il dirige avec sa complice Zoé Angelis, docteure en philosophie, et auquel participent des écrivains comme Laurent Binet et Jean-Philippe Toussaint, ainsi que des professeurs et chercheurs, se donne pour objectif de réexaminer, avec un anachronisme assumé, plusieurs mythes impliquant des décès trop rapidement classés, tels que ceux d'Ajax ou d'Eurydice, l'amante d'Orphée que ce dernier tenta en vain de ramener des Enfers.

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Antigone, un suicide remis en question

Cependant, c'est la famille d'Œdipe qui concentre à nouveau l'attention de Pierre Bayard, et plus précisément l'une de ses membres les plus illustres : la rebelle Antigone, héroïne de la tragédie de Sophocle éponyme. Condamnée à être emmurée vivante pour avoir désobéi à son oncle, le roi Créon – qui avait interdit les funérailles de son frère Polynice, considéré comme un traître pour avoir attaqué sa propre cité –, la fille d'Œdipe se serait, selon la version officielle, suicidée par pendaison au fond de la grotte où elle avait été ensevelie.

Une thèse que réfute catégoriquement Pierre Bayard, qui endosse ici à nouveau sa casquette de psychanalyste. Il explique que le suicide est incompatible avec la personnalité forte et déterminée d'Antigone. Aurait-elle donc été victime d'un « suicide » orchestré ? Et comment, puisque la grotte était hermétiquement close ? C'est cette piste que l'écrivain explore avec brio, allant jusqu'à établir l'identité de l'étrangleur présumé d'Antigone, ainsi que son mobile.

Sans dévoiler le suspense, on peut révéler que la raison d'État y joue un rôle crucial, tout autant que ce que Freud nommait une « formation de compromis », sans oublier la peur masculine de la femme et de son désir, qui sévit même dans les plus hautes sphères du pouvoir. Un exercice d'érudition qui consiste à mettre fin à certaines légendes tout en en écrivant de nouvelles.

Cold cases en Grèce antique, sous la direction de Pierre Bayard et Zoé Angelis (CNRS éditions, 192 pages, 23 euros).

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