«Che dolore terribile e l’amore» : plongée poétique dans la neige coréenne
«Che dolore terribile e l’amore» : plongée dans la neige coréenne

La metteuse en scène Chiara Guidoni signe une adaptation théâtrale du roman «Être neige quelque part» de l’autrice sud-coréenne Han Kang, présentée au théâtre des Carmes à Avignon. Ce spectacle, intitulé «Che dolore terribile e l’amore» (Quelle douleur terrible et l’amour), explore les thèmes de la mémoire, de la perte et de la renaissance à travers une mise en scène épurée et poétique.

Une œuvre née de la douleur

Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, a écrit ce roman après la perte de son frère aîné. Le texte original, publié en Corée du Sud en 2016, se compose de fragments poétiques qui évoquent la neige comme métaphore de la blancheur, de l’effacement et du recommencement. Chiara Guidoni a choisi de traduire cette œuvre sur scène en conservant la structure éclatée du récit, avec des tableaux qui se succèdent comme des flocons.

«La neige est à la fois un linceul et une page blanche», explique la metteuse en scène. «Han Kang parle de la douleur avec une délicatesse extrême, et j’ai voulu que le plateau devienne un espace de respiration, où les mots flottent comme des particules gelées.»

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Un dispositif scénique minimaliste

La scénographie repose sur un tapis de neige artificielle qui recouvre le plateau, éclairé par des lumières changeantes. Les comédiens, au nombre de trois, évoluent dans cet univers blanc avec des gestes lents et précis. La musique, composée par le Coréen Jang Young-gyu, mêle instruments traditionnels et sons électroniques, créant une atmosphère à la fois mélancolique et apaisante.

Le spectacle dure 1h15 et alterne monologues et dialogues tirés du roman. L’une des scènes clés met en scène une femme qui sculpte un bonhomme de neige, symbole de l’amour fragile. «Han Kang écrit que 'la neige est la seule chose qui peut recouvrir la douleur sans l’étouffer'», rappelle Guidoni. «C’est cette idée que nous avons voulu incarner.»

Un accueil critique prometteur

Présentée en ouverture du festival Off d’Avignon, la pièce a reçu un accueil chaleureux. Selon la critique de Libération, «Chiara Guidoni réussit le pari de rendre palpable l’indicible, grâce à une direction d’acteurs sensible et une esthétique qui frôle le rêve éveillé.» Le public, composé en majorité de festivaliers, a salué la performance des comédiens, notamment celle de la comédienne principale, qui incarne le personnage de la narratrice avec une intensité rare.

«Ce spectacle est une bulle de poésie dans le tumulte du festival», témoigne un spectateur. «On en ressort avec l’impression d’avoir vécu un moment hors du temps.»

Han Kang, une autrice à l’honneur

Cette adaptation s’inscrit dans un regain d’intérêt pour l’œuvre de Han Kang depuis l’obtention du Nobel. Plusieurs de ses romans, dont «La Végétarienne» et «Leçons de grec», sont régulièrement adaptés au théâtre et au cinéma. «Être neige quelque part» est considéré comme l’un de ses textes les plus personnels, une méditation sur le deuil et la résilience.

Chiara Guidoni, qui avait déjà adapté des textes de Marguerite Duras et de Samuel Beckett, explique avoir été touchée par la manière dont Han Kang «parle de la douleur sans jamais sombrer dans le pathos». La metteuse en scène ajoute : «Son écriture est comme la neige : elle tombe, recouvre, puis fond, laissant place à une terre nue, prête à accueillir de nouvelles graines.»

Informations pratiques

«Che dolore terribile e l’amore» est joué au théâtre des Carmes à Avignon jusqu’au 21 juillet 2025, à 18h30. La pièce est en français avec quelques passages en italien, langue maternelle de la metteuse en scène. Une version sous-titrée en anglais est prévue pour les festivaliers internationaux. Les réservations sont disponibles sur le site du festival Off.

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