Cannes 2026 : Judith Godrèche livre une adaptation sans relief de "Mémoire de fille" d'Annie Ernaux
Cannes 2026 : Godrèche adapte "Mémoire de fille" sans relief

Le Festival de Cannes 2026 a dévoilé cette semaine l'un de ses films les plus attendus : Mémoire de fille, adaptation du roman éponyme d'Annie Ernaux réalisée par Judith Godrèche. Malgré l'enthousiasme initial, les premières critiques sont mitigées, pointant un manque de relief et d'intensité dans cette transposition à l'écran.

Un projet ambitieux mais décevant

Judith Godrèche, également actrice et scénariste, s'attaquait à un texte complexe : l'exploration intime de la jeune Annie Ernaux, âgée de 18 ans, confrontée à sa première expérience sexuelle dans les années 1950. Le roman, publié en 2016, est salué pour sa prose incisive et sa capacité à mêler mémoire personnelle et analyse sociologique. Godrèche, connue pour ses rôles dans La fille sur le pont ou Rien ne va plus, avait promis une adaptation fidèle et respectueuse. Pourtant, le résultat semble peiner à capturer la puissance du matériau d'origine.

Une réalisation trop sage

La critique souligne que le film souffre d'une mise en scène trop académique. Les plans sont soignés, la reconstitution d'époque est précise, mais l'émotion reste en surface. Là où le livre d'Ernaux plongeait le lecteur dans les affres de la honte et de la découverte de soi, le film de Godrèche paraît s'arrêter à une simple illustration. Les scènes clés, comme celle de la perte de virginité dans une colonie de vacances, manquent de crudité et de vérité.

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Un casting remarquable mais sous-exploité

La jeune actrice Léa Drucker incarne la narratrice avec justesse, mais elle est desservie par un scénario qui ne lui permet pas d'exprimer toute la complexité du personnage. Les seconds rôles, pourtant tenus par des comédiens aguerris comme Denis Podalydès ou Clotilde Hesme, restent en retrait. Le film semble hésiter entre le récit intime et le drame social, sans parvenir à les fusionner comme le faisait le livre.

Un regard trop distant

La principale faiblesse de Mémoire de fille version Godrèche est peut-être son regard trop distant. Là où Annie Ernaux utilisait la première personne pour plonger le lecteur dans ses souvenirs, la caméra de Godrèche reste souvent extérieure. Les critiques évoquent une mise en scène « propre » mais « sans aspérité », qui neutralise la force subversive du texte. La réalisatrice aurait-elle trop respecté l'œuvre originale pour en tirer une vision personnelle ?

Des qualités malgré tout

Malgré ces réserves, le film n'est pas dénué de qualités. La photographie de Caroline Champetier est magnifique, capturant la lumière douce de l'été 1958. La bande originale, signée par la compositrice Camille Rocailleux, accompagne avec subtilité les états d'âme de l'héroïne. Et certains moments, comme la scène finale où la narratrice revisite les lieux de son enfance, parviennent à émouvoir. Mais ces éclats ne suffisent pas à sauver un ensemble jugé trop lisse.

Une adaptation difficile

Il est vrai que l'œuvre d'Annie Ernaux résiste à l'adaptation. Son écriture, faite de fragments et de silences, se prête mal au cinéma. Godrèche a choisi de linéariser le récit, perdant en chemin la structure éclatée qui faisait la force du roman. Les critiques regretteront également l'absence de la dimension politique, pourtant centrale chez Ernaux : la condition féminine, la lutte des classes, le poids des conventions sociales sont à peine esquissés.

Une réception partagée à Cannes

À l'issue de la projection de presse, les réactions étaient partagées. Certains spectateurs ont salué la délicatesse du film, tandis que d'autres déploraient un manque d'audace. Le journal Le Monde titre : « Dans Mémoire de fille, Judith Godrèche livre une adaptation sans relief du livre d'Annie Ernaux ». Le film est en compétition pour la Palme d'or, mais ses chances semblent compromises face à des œuvres plus marquantes.

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Judith Godrèche, interrogée lors de la conférence de presse, a défendu son parti pris : « J'ai voulu rester au plus près des sensations, de la pudeur d'Annie. Je ne cherchais pas à provoquer, mais à toucher. » Un objectif louable, mais qui n'a pas complètement convaincu. Reste à voir comment le public accueillera ce film délicat, qui risque de diviser.

L'avenir dira si Mémoire de fille trouvera sa place dans la filmographie d'Annie Ernaux, dont les œuvres continuent d'inspirer les cinéastes. En attendant, Godrèche peut se consoler en songeant que son film, même imparfait, aura le mérite de faire découvrir ou redécouvrir un texte majeur de la littérature contemporaine.