Au Festival d'Avignon, l'autrice et metteuse en scène Rébecca Chaillon frappe fort avec sa nouvelle création, « La Parabole du seum ». Dès l'entrée en salle, deux comédiennes vêtues de tee-shirts noirs marqués « Queer Fat Feminist » parcourent les rangées, pointant les spectateurs du doigt et les classant en deux catégories : les minces et les autres, les blancs et les autres. Pour la majorité, elles scandent « Mince » ou « Blanc », tandis que pour les autres, elles lancent des « Ahhhh » enthousiastes ou « Bienvenue ! », distribuant des tickets verts pour une loterie finale. Une entrée en matière percutante qui inverse les majorités et déplace le regard, le tout teinté d'humour.
Un corps au centre de la scène
Comme toujours chez Chaillon, le corps est au cœur du dispositif. La pièce mêle humour, tendresse, colère, élan mystique et dystopie, même si elle s'égare parfois en chemin. L'artiste a été, et continue d'être, victime de grossophobie, de sexisme et de racisme, notamment lors des représentations de « Carte noire nommée désir » en 2023 à Avignon. Ces attaques violentes l'ont profondément marquée et nourrissent cette nouvelle œuvre.
Une critique acerbe des discriminations
« La Parabole du seum » s'attaque frontalement à la grossophobie, mais aussi au racisme et au sexisme. Chaillon, qui n'est pas sur scène cette fois, réunit des comédiennes pour porter son message. La pièce, qui dure environ 1h30, alterne entre moments de grâce et passages plus confus, mais ne laisse personne indifférent. Les spectateurs sont invités à réfléchir à leur propre position dans la société, entre privilèges et marginalisation.
Un appel au « gros remplacement »
Le titre de la pièce, « La Parabole du seum », joue sur les mots et les concepts. Le « seum » (argot pour la rancœur) devient un moteur de révolte. Chaillon appelle à un « gros remplacement », une inversion des normes où les corps gros, queer et racisés prennent le pouvoir. Une dystopie joyeuse et militante qui bouscule les certitudes.



