Anne Serre plonge dans l'univers onirique d'un cirque poétique
Le court texte d'Anne Serre, Sous les arbres, une prairie, publié aux éditions Verdier dans la collection « Poche », offre une évocation singulière d'un cirque. Avec seulement 60 pages et un prix de 8,50 €, cette œuvre se distingue par sa densité poétique et son atmosphère envoûtante.
Un cirque comme élixir artistique
Imaginez un instant Le Cirque de Charlie Chaplin, créé en 1928, story-boardé par le Douanier Rousseau. Ou encore Les Saltimbanques de Guillaume Apollinaire, extrait du recueil Alcools en 1913, enluminé par Frida Kahlo. C'est précisément l'impression que transmet Sous les arbres, une prairie. Anne Serre consacre son texte entier à l'évocation d'un cirque, mais pas n'importe lequel : un élixir de cirque, semblable aux dessins de Fred dans Le Petit Cirque publié chez Dargaud en 1973, avec son cheval-clown et son homme-bombe.
Entre pétulance chantante et mélancolie rustique
Comment qualifier cette précieuse pincée de pages ? Est-ce un récit, des visions poétiques ou des images ? L'œuvre possède la pétulance chantante d'un naïf haïtien et la mélancolie d'une villanelle rustique. On y suit les déambulations d'une troupe baladeuse qui, selon les heures, prend la forme d'une confrérie de silhouettes inouïes ou, sur le cri de « tous en scène ! », se transforme en une pyramide humaine, un échafaudage de corps tremblants.
Des personnages porteurs de mystères
Le lecteur fait la connaissance de personnages fascinants : Rutila Van Hoost, belle comme un violoncelle de chair palpitante, Rebecca la jongleuse, Grégoire l'acrobate et Sandor. Chacun vrombit comme une toupie et chemine sur la route, dans les prés, en montagne, à la suite du chapiteau, dans les chambres d'hôtel. Ils sont porteurs de lourds mystères, affamés d'amour ou offerts à la scène.
La fin d'une fête qui ressurgit
À la dernière page, qui semble paradoxalement la première, le mirage s'évanouit. L'herbe de la prairie semble boire le sang des poètes. La fête est finie, mais, telle une rivière engloutie, elle resurgira non loin. Cette conclusion ouverte invite à la rêverie et à la relecture.
Contexte éditorial
Notons que cet ouvrage s'inscrit dans un paysage littéraire riche. Parallèlement, Juliette Pozzo publie Leonora Carrington chez Gallimard/GrandPalaisRmnEditions dans la collection « Découvertes. Carnet d'expo », un livre de 64 pages à 11,50 €. Albert Caraco propose Post Mortem aux éditions Allia, un texte de 128 pages à 7,50 €. Ces publications témoignent de la vitalité de la littérature et des arts visuels contemporains.



