Trois cheffes d'Occitanie brisent les clichés dans un monde culinaire masculin
Trois cheffes d'Occitanie défient les stéréotypes en cuisine

Trois cheffes d'Occitanie tracent leur voie dans un univers culinaire masculin

Elles ne représentent encore que 17% des cheffes en cuisine, mais leur talent s'impose par une ténacité remarquable. Dans la région Occitanie, Marina Davilla à Montpellier, Eve-Laure Pons-Gauthier à Nîmes et Carole Soubeiran à Lunel ont forgé leur parcours au prix d'un travail acharné, dans un environnement longtemps verrouillé aux femmes. À l'heure où le sexisme en cuisine est de plus en plus dénoncé, leurs histoires témoignent d'une même exigence : s'accrocher, s'affirmer et, malgré les obstacles, faire reconnaître leur légitimité.

Trois parcours atypiques, trois restaurants à leur image

Ces trois personnalités généreuses et solaires dirigent chacune leur établissement avec une cuisine singulière mais une humilité commune. Carole Soubeiran officie depuis seize ans aux pianos de La Maison Soubeiran à Lunel, proposant une cuisine autodidacte très proche du terroir et de haute volée. Eve-Laure Pons-Gauthier a quant à elle été formée par un maître sushi à Paris avant de tenir pendant dix ans un minuscule restaurant de sushis dans les Halles de Nîmes, puis d'ouvrir Le Coin en 2018, une table à la fois voyageuse et locale. Marina Davilla de L'Artisane à Montpellier, où elle propose une cuisine méditerranéenne créative, est devenue cheffe aux États-Unis après un master en marketing publicitaire, passant un CAP de cuisine avant de rentrer en France et travailler avec l'étoilé Gérald Passedat.

Faire sa place dans un milieu masculin : défis et stratégies

"Quand j'ai commencé dans la cuisine j'étais la seule femme de toute la brigade", raconte Marina Davilla, qui ajoute avec humour : "Ce n'est pas parce qu'on n'est pas un mec capable de porter un mixer avec deux doigts, qu'on ne peut pas faire de la cuisine. Très vite j'ai été cheffe de partie et j'ai dû m'imposer. Ça m'a forgé de devoir manager des hommes." Pour Eve-Laure, exister dans ce milieu a été plus difficile : "J'avais un double handicap, j'étais une femme et je n'étais pas du milieu. Et puis nous les femmes on est les championnes du syndrome de l'imposteur."

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Toutes les trois travaillent énormément car "souvent on ne se sent pas légitimes", explique Marina Davilla, qui travaille "sept jours sur sept". "En plus si t'es pas sortie d'une grande maison, n'importe comment t'es obligé de te démener deux fois plus", constate Carole Soubeiran.

L'invisibilisation des femmes et les clichés tenaces

Jenny Debelly, créatrice du compte Le goût du sorbet qui met en avant les femmes cheffes de la région, constate "un grand problème d'invisibilisation des femmes. Elles sont là mais elles sont discrètes. Elles ont souvent le syndrome de l'imposteur et certaines ne se sentent pas légitimes, à tort." Elle ajoute : "Toutes les femmes que j'ai rencontrées avouent que c'est difficile de faire sa place dans ce milieu très masculin et très macho. Mais les choses commencent un peu à bouger avec des cheffes comme Manon Fleury à Paris, qui ont parlé de violences qu'elles ont subies en cuisine."

Être une femme en cuisine signifie parfois être confrontée à des remarques sexistes ou des comportements déplacés. Carole Soubeiran conseille : "les femmes doivent avant tout aller dans des maisons bienveillantes." Marina Davilla croit simplement que : "quand on pense qu'on est égale aux hommes, on nous traite d'égale à égale. Si on est sûre de soi, c'est OK."

Eve-Laure a choisi l'humour face à ces anicroches : "parfois des gens rentrent dans le resto et demandent où est le patron. Aujourd'hui je m'en fous." Toutes s'accordent à dire que si les clichés persistent, les lignes bougent grâce à #Metoo et à des cheffes engagées.

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Existe-t-il une cuisine féminine ?

Autre idée tenace remise en question : l'existence d'une cuisine féminine. "On est plus dans l'émotionnel et moins dans la démonstration que les hommes", avance Carole, plus nuancée que Marina Davilla qui tranche catégoriquement : "non, il n'existe pas de cuisine féminine", concédant, comme Eve-Laure, que la passion des femmes cheffes a une genèse plus "nourricière".

Des conseils pour les futures cheffes

Comment encourager les femmes à devenir cheffes ? "Il faut bosser et être passionnée", juge Eve-Laure. "Rester sincère et généreuse, soi-même", ajoute Carole. Marina Davilla conclut avec amusement : "Ne pas hésiter à se lancer ! Mais ce conseil ça marche aussi bien pour les femmes que pour les hommes finalement."

Ces trois cheffes d'Occitanie, par leur parcours et leur détermination, redéfinissent les codes d'un milieu gastronomique en pleine évolution, prouvant que le talent n'a pas de genre et que la persévérance finit par ouvrir toutes les portes.