San Pantzar, le géant condamné du carnaval de Bayonne, prend vie dans l'atelier Orai Bat
San Pantzar, le géant condamné du carnaval de Bayonne

San Pantzar, le géant condamné du carnaval de Bayonne, prend vie dans l'atelier Orai Bat

Dans le quartier Saint-Esprit à Bayonne, au sein des locaux discrets de l'association Orai Bat, un mannequin géant prend progressivement forme. Bientôt, il sera jugé, condamné puis brûlé lors des festivités carnavalesques. Bienvenue dans les coulisses de la création de San Pantzar, cette figure emblématique qui sert de miroir aux excès de l'année écoulée et incarne la tradition vivante du carnaval basque.

La caverne d'Ali Baba du carnaval

À l'intérieur de l'atelier d'Orai Bat s'entassent sonnailles, têtes en résine, rubans colorés et figures mythologiques basques. « Ici, c'est notre caverne d'Ali Baba », confie avec un sourire Iñaki Serrada, le fondateur de l'association. C'est dans cet espace créatif que naît chaque année San Pantzar, le pantin géant destiné à être consumé par les flammes durant le carnaval de Bayonne.

Depuis plus de deux décennies, Orai Bat constitue le partenaire central de la Ville pour l'organisation de cet événement traditionnel. Si la mairie assume la coordination générale, l'association se charge de l'opérationnel, avec au cœur de son dispositif la fabrication minutieuse de celui qui portera, le temps d'un procès burlesque, tous les maux de l'année passée.

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Symbolisme et renouveau

San Pantzar représente la figure carnavalesque du « ventru », celui qui n'aurait fait que manger et boire sans retenue. Mais derrière cette caricature se cache un symbolisme profond : brûler le mannequin équivaut à « brûler la vieille année et ses excès », ouvrant ainsi la voie au renouveau printanier. « Nous allons le charger de tous les maux de la terre, s'il pleut ou s'il y a des problèmes, c'est de sa faute », résume avec humour Iñaki Serrada.

Un travail artisanal minutieux

La création de San Pantzar repose entièrement sur le travail dévoué de bénévoles passionnés :

  • Le corps est conçu à partir de matériaux de récupération, dans un esprit de durabilité.
  • Les costumes colorés sont réalisés par les couturières expérimentées de l'association : Anne-Marie, Ginette et Brigitte.
  • La tête fait l'objet d'un travail particulièrement minutieux. Autrefois façonnées en carton-pâte, les têtes sont désormais réalisées en résine pour mieux résister aux intempéries hivernales.

La technique artisanale est maîtrisée par Pirro Moulin : une boule est d'abord formée, recouverte d'argile, puis sculptée pour donner vie au personnage avant d'être moulée et finalement coulée en résine. Dans l'atelier, plusieurs visages mythologiques s'alignent sur des étagères : le basajaun, la basandere, le tartalo, ou encore les laminak. Cette année, une particularité notable : au moment de l'exécution rituelle, le mannequin portera une cagoule distinctive.

Les sonnailles, gardiennes de la tradition

Autour de San Pantzar résonnent « les sonnailles », explique Iñaki Serrada. Ces instruments traditionnels sont martelés et façonnés à partir de métal selon des techniques séculaires. Historiquement utilisées pour le bétail afin d'éloigner les parasites, elles occupent dans la tradition carnavalesque basque une fonction symbolique essentielle : leur son caractéristique est censé chasser le mauvais sort et repousser les esprits néfastes.

Un héritage vivant et préservé

Le carnaval de Bayonne ne constitue pas un folklore figé dans le temps. « Folklore, ça veut dire l'esprit du peuple, ce n'est pas péjoratif », rappelle le responsable d'Orai Bat. Il s'agit d'un héritage vivant, constamment adapté au présent, que l'association veille à préserver de toute orientation « purement commerciale ou trop politisée ».

Dans un contexte où la crémation d'effigies suscite parfois diverses interprétations, Iñaki Serrada précise avec conviction : « Mettre une étiquette politique sur la chose, ce n'est pas notre objectif. Le carnaval, c'est l'inversion, la satire, le passage ». Cette philosophie guide l'approche de l'association, qui cherche à maintenir l'authenticité de la tradition tout en lui permettant d'évoluer naturellement.

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La journée de San Pantzar

Le samedi 21 février, San Pantzar sera à l'honneur lors d'une journée spéciale dédiée à cette tradition carnavalesque. Le programme comprend :

  1. Des représentations captivantes de la troupe Tio Teronen Semeak.
  2. Un concert acoustique intimiste de Julie Rouault.
  3. Des animations traditionnelles vivantes sur la place Jacques-Portes.

Le cortège emblématique partira ensuite en direction de l'esplanade Roland-Barthes pour le procès burlesque du « ventru ». La journée se conclura par un spectacle poignant du collectif Bilaka, intitulé Gernika, apportant une dimension artistique contemporaine à cette tradition séculaire.

À travers la création de San Pantzar, l'association Orai Bat perpétue ainsi une tradition carnavalesque riche de sens, mêlant artisanat minutieux, symbolisme profond et célébration communautaire, tout en veillant à préserver l'authenticité de cet héritage culturel basque face aux pressions commerciales et politiques contemporaines.