Dans la grande salle de l’espace Cazot, une quarantaine de personnes ont répondu présent, sans autre bagage que leur envie de chanter. Les Fous chantants d’Alès proposaient, pour la première fois, un cours de chant gratuit et ouvert à tous, le samedi 1er août, au lendemain du concert de Soprano aux arènes.
« Venez comme vous êtes » aurait pu être la phrase d’accroche de cet atelier hors normes. Alors que les 1 000 choristes du festival se reposaient après leur prestation avec Soprano, le chef de chœur Florent Robert a entrepris de déconstruire les appréhensions de ce groupe d’inconnus. « Acceptez que tout le corps va vous servir pour le chant », a-t-il lancé, en accompagnant ses consignes de gestes amples. Avant d’assurer : « L’idée, c’est de vivre l’émotion, la note on s’en fout. »
Une méthode fondée sur le corps et l’émotion
Pour cette première expérience de chorale ouverte à tous, l’artiste musicien a demandé aux participants de chanter pieds nus, les invitant à mobiliser bien plus que leurs cordes vocales. Grand et fin, il ne cessait d’associer ses paroles à des gesticulations, démontrant par l’exemple que la voix n’est qu’une partie de l’instrument. L’objectif : faire tomber les barrières et permettre à chacun de trouver sa place dans un ensemble polyphonique, sans se soucier du résultat musical immédiat.
Le pari s’est révélé gagnant en un peu plus d’une heure. La somme d’individus sans lien entre eux s’est transformée en un véritable chœur, capable d’interpréter Temps à nouveau de Jean-Louis Aubert. Une performance qui n’a pas manqué d’émouvoir Fabrice Schwingrouber, directeur artistique du festival. « C’est incroyable », a-t-il soufflé.
Des adieux collégiaux au fort Vauban
Cette initiative s’inscrit dans le projet plus large de l’association, dont le but est de démocratiser l’accès au chant choral. « Le principe même de notre association est de promouvoir le chant », a rappelé Fabrice Schwingrouber. Selon lui, ces ateliers gratuits pourraient lever des freins : « Peut-être que ces gens n’auraient jamais franchi le pas. »
Pendant ce temps, au fort Vauban, les Fous chantants ont vécu, samedi matin, leurs adieux « de manière collégiale », comme le rapporte Daniel, bénévole depuis treize ans. L’octogénaire, chargé d’une grande caisse d’affiches, a décrit ces derniers moments au sein de la « grande famille » du festival : « On pleure, on tombe dans les bras l’un de l’autre, on pleure… et on se donne rendez-vous pour l’année prochaine ! »
Déjà tournés vers l’année prochaine
Avant le concert du samedi soir, qui devait à nouveau mêler le répertoire d’Aznavour et de Soprano, les adieux ont été empreints d’émotion. « Après, ce n’est pas facile, car certains ne reviennent pas au fort à l’issue du concert », a ajouté Daniel. Mais la dynamique repart déjà : « Certains s’inscrivent déjà, sans savoir qui sera l’artiste invité. »
Reste à savoir si ces nouveaux initiés rejoindront un ensemble vocal par la suite. L’expérience a en tout cas prouvé qu’il suffisait parfois d’une heure pour créer du lien par le chant. Fabrice Schwingrouber a d’ailleurs conclu en reprenant le refrain entonné à pleine voix par les chanteurs face à lui, telle une conclusion tombée au moment opportun : « Se jeter à l’eau ».



