Avignon : Salim Djaferi déconstruit l'histoire des cités françaises
Avignon : Salim Djaferi déconstruit l'histoire des cités

Le Festival d'Avignon accueille cette année une pièce qui fait débat : « Bâtir », de Salim Djaferi. Ce spectacle, présenté dans la cour du lycée Saint-Joseph, explore l'histoire des cités françaises, de leur édification dans les années 1960 à leur démolition programmée. Djaferi, metteur en scène et comédien, s'attaque à un sujet sensible : la mémoire des grands ensembles, souvent stigmatisés mais aussi porteurs d'espoir pour des générations d'immigrés.

Une fresque historique et intime

« Bâtir » n'est pas un simple documentaire théâtral. Djaferi tisse des récits personnels avec des faits historiques. Il raconte l'arrivée de sa propre famille dans une cité de la banlieue lyonnaise, les espoirs d'une vie meilleure, puis la dégradation des lieux et le sentiment d'abandon. La pièce s'ouvre sur une image forte : un mur de briques qui se dresse lentement, symbole de la construction des cités. Puis, au fil des scènes, ce mur se fissure, s'effondre, avant d'être reconstruit ailleurs.

Un travail de mémoire collective

Le spectacle s'appuie sur des archives, des témoignages et des chansons populaires. On y entend des extraits de discours politiques, des interviews d'anciens habitants, mais aussi des morceaux de rap qui scandent la colère des jeunes des quartiers. Djaferi explique : « Je voulais montrer que la cité n'est pas qu'un problème, c'est aussi un lieu de vie, de solidarité, de culture. » Selon lui, il est urgent de « sortir du discours misérabiliste ou sécuritaire » pour aborder ces espaces avec nuance.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une scénographie épurée mais puissante

Sur scène, quatre comédiens et un musicien font vivre cette histoire. Les projections vidéo sur les murs de briques renforcent l'immersion. Les lumières, tantôt crues tantôt tamisées, soulignent les contrastes entre les moments de joie et les périodes de crise. La presse salue une « mise en scène sobre mais efficace » et une « écriture ciselée ». Le journal Le Monde parle d'un « spectacle nécessaire » qui « remet en cause les préjugés sur les banlieues ».

Un écho à l'actualité

La pièce résonne avec l'actualité récente, marquée par les émeutes urbaines de l'été 2023 et les débats sur la rénovation des quartiers prioritaires. Djaferi ne donne pas de leçon, mais il pose des questions : « Pourquoi construit-on des cités ? Pour qui ? Et pourquoi les détruit-on sans se souvenir de ce qu'elles ont représenté ? » Le spectacle dure 1h45 sans entracte, un format qui tient le public en haleine.

Un accueil critique et public favorable

Les premières représentations ont été saluées par des ovations debout. Le public, composé de festivaliers mais aussi d'habitants des cités avignonnaises, s'est montré ému. Une spectatrice confie : « Je me suis reconnue dans ces histoires. C'est la première fois que je vois un spectacle qui parle de ma vie sans clichés. » D'après les organisateurs, les places pour les prochaines dates sont quasi épuisées.

Un projet qui dépasse le théâtre

« Bâtir » s'inscrit dans un projet plus large de Djaferi, qui comprend des ateliers d'écriture dans les quartiers populaires et une exposition photo. L'objectif est de « donner la parole à ceux qu'on n'entend pas ». Le Festival d'Avignon, qui a fait de l'inclusion son cheval de bataille cette année, a soutenu le projet dès ses débuts. Djaferi espère que la pièce pourra tourner dans toute la France, notamment dans les villes où les cités sont menacées de démolition.

Un regard critique sur l'architecture

La pièce interroge aussi le rôle des architectes et des urbanistes. Djaferi rappelle que les cités ont été pensées comme des « machines à habiter » par des modernistes comme Le Corbusier, mais que leur mise en œuvre a souvent été bâclée, faute de moyens. Il cite un chiffre : « Entre 1950 et 1970, on a construit plus de 2 millions de logements sociaux en France, souvent dans l'urgence. » Aujourd'hui, beaucoup sont détruits, mais Djaferi plaide pour une « mémoire des murs », car « une cité, ce n'est pas que du béton, c'est aussi des vies ».

« Bâtir » est à voir jusqu'au 25 juillet au lycée Saint-Joseph, dans le cadre du Festival d'Avignon. Les représentations ont lieu à 21h30.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale