Pour l'ultime soirée lyrique proposée au théâtre antique d'Orange par Jean-Louis Grinda, démissionnaire qui sera remplacé dès la rentrée par Bruno Messina, bien des soucis et des incertitudes ont précédé les premiers accords de cette Traviata de Verdi, qui reste, au fil des saisons et du temps, l'un des ouvrages les plus chéris du grand public. La belle affluence (plus de 6 000 spectateurs ce samedi 4 juillet en soirée) le confirme.
Une avalanche de remplacements
Après l'absence de Nadine Sierra, compensant sa défection par un concert d'extraits lyriques, remplacée d'abord par la soprano australienne Jessica Pratt, puis par Claudia Pavone venue peu avant la représentation, est venue s'ajouter, concernant les rôles principaux de l'œuvre, la défection du ténor mexicain Javier Camarena, dont la substitution a été assurée en dernière heure par Julien Behr. Autant d'éléments faisant craindre une représentation à l'équilibre particulièrement instable. Et la menace d'un mistral s'imposant en ultime perturbateur a fini d'installer les doutes avant le lever de rideau. Par bonheur, malgré quelques rafales, le vent n'a pas, au final, par bienveillance, trop gâché le récit vocal et musical de ce Verdi présenté en mise en espace.
Un début à l'impact très limité
Devant le grand mur, dans un format théâtral sans décor, avec seule une vingtaine de chaises posées sur un immense tapis sombre, les premières minutes de cette Traviata ont été surtout habitées par le doute d'assister à des interprétations vocales d'un volume suffisant au regard de l'immensité et des exigences du théâtre antique. Peu à peu cependant, dissipation des craintes et satisfaction de voir les artistes, peu à peu, malgré la squelettique voire l'absence de vraies répétitions, prendre leurs marques. À ce titre, hommage doit être rendu à Julien Behr d'avoir permis de voir un Alfredo parfaitement crédible et d'un chant manquant certes quelque peu d'un soupçon d'italianité, mais soigné et musicalement racé.
Une Violetta de classe et Ludovic Tézier impérial sous la statue d'Auguste
Sous la direction musicale de Paolo Arrivabeni à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Marseille, attentive mais manquant peut-être de transmission émotionnelle et de poésie, cette Traviata a confirmé, au fur et à mesure du déroulé des scènes, l'adéquation de Claudia Pavone au personnage de Violetta et à sa dimension vocale. Le timbre est soyeux, la ligne de chant conduite avec souplesse, les nuances bien négociées et la progression dramatique intelligemment maîtrisée. Avec un résultat d'une remarquable limpidité justifiant l'ovation ponctuant un "Addio del passato" touchant et délicat. Grande démonstration enfin, une nouvelle fois, signée Ludovic Tézier. Son Giorgio Germont, impérial sous la statue d'Auguste surplombant le grand mur du théâtre antique, a basculé immédiatement dans l'excellence. Projection souveraine, legato luxueux, couleurs vocales aux superbes reflets, noblesse des accents, présence et impact, tout y était. Une leçon de chant sous le ciel d'Orange.



