Valérie Dréville, actrice majeure du théâtre français, interprète Phèdre dans la mise en scène de Stéphane Braunschweig présentée cet été. Dans un entretien accordé au Monde, elle livre une analyse personnelle du personnage racineen, insistant sur la puissance des mots et la manière dont la parole creuse le mal, le désir et la folie.
Une déclaration d’amour au texte de Racine
Pour Valérie Dréville, jouer Phèdre est une expérience intime et exigeante. « La parole creuse le mal, le désir, la folie », explique-t-elle, résumant ainsi sa vision du rôle. Elle décrit le texte de Racine comme une matière vivante, où chaque vers porte une charge émotionnelle et dramatique. La comédienne souligne que la langue classique, loin d’être figée, permet d’explorer les tréfonds de l’âme humaine.
Dans cette production, Stéphane Braunschweig a choisi de mettre en avant la dimension psychologique du personnage. Phèdre n’est pas seulement une femme consumée par une passion interdite, mais aussi une figure tragique dont la parole est le seul exutoire. Valérie Dréville précise : « Le texte de Racine est une partition qui demande une précision absolue. Chaque mot compte, chaque silence est lourd de sens. »
La parole comme lieu du désir et de la folie
L’actrice insiste sur le fait que la parole, dans Phèdre, n’est pas un simple moyen de communication, mais un véritable acte. « Dire, c’est faire exister le mal, le désir, la folie », affirme-t-elle. Selon elle, la tragédie racinienne repose sur cette tension entre ce qui est tu et ce qui est dit. Phèdre, en parlant, libère ses démons intérieurs, mais cette libération est aussi une forme de destruction.
Valérie Dréville évoque également la dimension physique de son interprétation. « Le corps est traversé par la parole. Il vibre, il tremble, il se tend. » Elle compare le travail de l’acteur à celui d’un musicien : « Il faut trouver la juste respiration, le bon rythme, pour que chaque vers résonne. »
Une mise en scène qui sublime le texte
Stéphane Braunschweig, directeur du Théâtre de l’Odéon, signe une mise en scène épurée qui met le texte en avant. Les décors sont minimalistes, la lumière joue un rôle clé dans l’atmosphère. Valérie Dréville salue cette approche : « Stéphane a créé un espace où la parole peut circuler librement. Rien ne vient distraire le spectateur de l’essentiel : les mots. »
La production a été saluée par la critique pour sa fidélité à l’esprit de Racine, tout en offrant une lecture contemporaine. Le personnage de Phèdre, figure emblématique de la passion destructrice, trouve ici une nouvelle résonance. « Phèdre, c’est nous tous, d’une certaine manière », conclut Valérie Dréville. « Elle incarne nos désirs inavouables, nos peurs, notre rapport à la mort. »
La pièce est jouée jusqu’à la fin de l’été dans plusieurs festivals, dont celui d’Avignon. Elle devrait être reprise à Paris à l’automne. Pour Valérie Dréville, cette expérience restera marquante : « Racine est un auteur qui ne se laisse pas apprivoiser. Chaque représentation est une découverte. »



