Le musée d'Art de Toulon (MAT) propose jusqu'au 31 octobre l'exposition « Man Ray, magie de l'image », présentant près de 200 œuvres de l'artiste américain, dont des photographies, peintures, objets, lithographies et films. L'exposition, co-commissariée par Pierre-Yves Butzbach et Franck Mei, explore la carrière multiforme de Man Ray (1890-1976), figure majeure du surréalisme.
Un artiste insaisissable et provocateur
« C'est un artiste multiforme, un peu insaisissable, mais toujours à la recherche de la provocation. Il aimait être là où on ne l'attendait pas », résume Pierre-Yves Butzbach, co-commissaire scientifique et gérant de l'agence Telimage, qui administre le fonds Man Ray. L'artiste disait lui-même : « Je n'ai jamais peint un tableau récent. »
Né Emmanuel Radnitzky à Philadelphie, Man Ray s'installe à New York à 7 ans, où il se passionne pour le dessin et la peinture. Après une école d'architecture, il intègre le centre Ferrer, une école artistique d'obédience anarchiste, et débute dans l'illustration. Il est l'un des premiers à utiliser l'aérographe pour créer des tableaux, enchanté de peindre sans toucher la toile.
La photographie par hasard
C'est presque accidentellement que Man Ray découvre la photographie. Insatisfait des reproductions de ses tableaux lors de sa première exposition, il demande à Alfred Stieglitz de le former et de lui prêter du matériel. Ce médium le rendra célèbre. « Sa vie durant, il a souffert de ne pas vivre de la peinture », confie Pierre-Yves Butzbach.
L'exposition met en lumière ses rencontres artistiques, notamment avec Marcel Duchamp, avec qui il partage le goût de la provocation et une passion pour les échecs. « Les objets de Man Ray ne sont pas des ready-made. Duchamp prend un objet et le signe ; Man Ray associe toujours plusieurs objets entre eux », explique le commissaire.
Muses et innovations techniques
Les femmes jouent un rôle central dans son œuvre. Kiki de Montparnasse, sa muse, inspire Le Violon d'Ingres, l'une de ses œuvres les plus iconiques. Plus tard, Lee Miller, devenue son assistante, l'initie à la technique de la solarisation, qui inverse les valeurs lors du développement. « Lors du développement de la pellicule ou du tirage, vous exposez un très bref instant l'image à la lumière alors qu'elle devrait rester dans le noir total. Les fonds noirs deviennent gris ou blancs », détaille Butzbach.
Après sa rupture avec Lee Miller, Man Ray sombre dans une profonde dépression mais continue de créer. Il suspend une toile de deux mètres au-dessus de son lit et peint chaque matin. Il agrandit une photo de la bouche de Lee Miller pour réaliser un tableau surréaliste où cette bouche survole le jardin du Luxembourg. Sa rencontre avec Adrienne Fidelin, dite Ady, marque un nouveau tournant : « Elle le ramène à la vie et à la création », confie Butzbach.
Larmes et autres icônes
L'affiche de l'exposition est le célèbre cliché Larmes, un plan serré sur un œil d'où coulent deux larmes parfaites. « C'est une commande pour une publicité de cosmétique. Il photographie d'abord le visage en entier, puis réalise un cadrage très serré sur lequel il a déposé deux gouttes de glycérine », explique le commissaire.
En parallèle, le musée présente dans son cabinet d'art graphique une exposition de Paul Almasy, photographe humaniste, offrant un contrechamp à Man Ray. Almasy, qui a légué une quarantaine de clichés au musée, privilégie le reportage et le témoignage. Ses portraits de Man Ray dans son atelier parisien en 1961 sont également exposés, rappelant que « la photographie est aussi un art du déplacement et de la rencontre », selon les commissaires.
L'exposition « Man Ray, magie de l'image » est visible du mardi au dimanche, au musée d'Art de Toulon. Plein tarif : 7 euros.



