Le documentaire « La Route », diffusé sur Arte, plonge le spectateur au cœur de l’Himalaya indien, où la construction de la Zanskar Highway bouleverse l’existence des habitants des vallées isolées du Zanskar. Ce ruban d’asphalte, long de 200 kilomètres, relie désormais des villages autrefois coupés du monde pendant huit mois de l’année, offrant un accès inédit aux soins, à l’éducation et aux marchés.
Une route qui change la vie des villages himalayens
La Zanskar Highway, achevée en 2024, traverse des paysages spectaculaires, à plus de 4 000 mètres d’altitude. Avant sa construction, les habitants des vallées reculées du Zanskar, dans l’État du Ladakh, devaient parcourir des sentiers périlleux à pied ou à dos d’âne pour rejoindre la ville la plus proche, Kargil, située à plusieurs jours de marche. « Avant, quand quelqu’un tombait malade, il fallait le porter pendant des jours, et souvent, c’était trop tard », témoigne Tashi, un habitant du village de Padum, dans le documentaire.
La route a réduit le temps de trajet entre Padum et Kargil de trois jours à six heures. Selon le documentaire, le nombre de patients admis à l’hôpital de Kargil a augmenté de 40 % depuis l’ouverture de la route, car les villageois peuvent désormais consulter un médecin en cas d’urgence. Les écoliers, eux aussi, bénéficient de cette infrastructure : le taux de scolarisation dans les villages du Zanskar a bondi de 25 % en deux ans, selon les données du gouvernement local citées dans le film.
Un bouleversement économique et culturel
La Zanskar Highway n’est pas qu’une voie de désenclavement : elle transforme aussi l’économie locale. Les agriculteurs peuvent désormais vendre leurs légumes, comme les pommes de terre et les carottes, sur les marchés de Kargil et de Leh, la capitale du Ladakh. « Nos revenus ont doublé, car nous pouvons écouler notre production sans qu’elle pourrisse sur le chemin », explique Stanzin, un agriculteur interrogé dans le documentaire. Le tourisme, également, connaît un essor : le nombre de visiteurs dans la région a été multiplié par trois depuis l’ouverture de la route, selon les chiffres de l’office du tourisme du Ladakh.
Cependant, cette ouverture rapide au monde moderne suscite des inquiétudes. Les anciens des villages, comme le chef du village de Zangla, craignent une érosion des traditions. « Les jeunes partent à la ville et ne reviennent plus. Ils oublient notre langue, nos coutumes, notre manière de vivre », confie-t-il au micro de la réalisatrice. Le documentaire montre ainsi les tensions entre modernité et préservation culturelle, alors que les jeunes générations adoptent les smartphones et les vêtements occidentaux.
Un documentaire qui interroge le progrès
« La Route », réalisé par la cinéaste française Élise Darblay, a été tourné sur deux ans, entre 2023 et 2025, suivant les dernières étapes de la construction de la route et ses conséquences immédiates. Le film, diffusé dans le cadre de la série « La Route » sur Arte, explore les paradoxes du progrès : la route sauve des vies, mais elle menace aussi un mode de vie ancestral. « Ce n’est pas un jugement, c’est une observation. La route est à la fois une libération et une perte », explique Darblay dans le documentaire.
Le documentaire a été salué par la critique pour sa photographie saisissante des paysages himalayens et son traitement nuancé du sujet. Il a reçu le prix du meilleur documentaire au Festival du film de montagne de Chamonix en 2026. La Zanskar Highway, quant à elle, continue d’être étendue : un tronçon de 50 kilomètres supplémentaires est prévu d’ici 2028, reliant les derniers villages encore isolés du Zanskar.



