Depuis 25 ans, Jazz à Porquerolles a choisi un chemin différent de la plupart des festivals : rester fidèle à un format intimiste de 500 places au fort Sainte-Agathe. Tiphaine Samson, présidente de l'association qui pilote le festival, en dévoile les ingrédients clés.
Un décor qui transforme le concert en expérience
« Avant même d'entendre la première note, le public a déjà vécu une aventure. Il faut rejoindre la presqu'île de Giens, prendre un bateau pour rejoindre l'île, traverser le village puis grimper jusqu'au fort Sainte-Agathe », sourit Tiphaine Samson. « Le concert commence bien avant que les musiciens montent sur scène. »
Quand la musique s'anime, le panorama sur la Méditerranée, les pierres chargées de vibrations, le coucher de soleil et l'acoustique naturelle font le reste. Ici, pas de circulation ni de bruit urbain : seulement le vent, les mouettes… et parfois le Petit-Duc, un hibou mélomane devenu la mascotte officieuse du festival depuis que son chant dialogue avec les improvisations des musiciens.
La proximité entre artistes et public
Au fort Sainte-Agathe, impossible de tricher avec la distance. Les plus grands noms du jazz mondial jouent à quelques mètres seulement des spectateurs. Les amateurs se souviennent en particulier d'Archie Shepp ou d'Aldo Romano. « Même le spectateur le plus éloigné reste très proche des musiciens », souligne la présidente.
Selon elle, cette intimité séduit le public bien sûr, mais aussi les artistes habitués à se produire devant plusieurs milliers de personnes. « Beaucoup acceptent de revenir à Porquerolles pour retrouver cette qualité d'écoute et cette connexion avec le public, devenue l'une des signatures du festival », savoure-t-elle, glissant comme gage de qualité les captations réalisées pour Arte.
Un jazz sans frontière
Si Jazz à Porquerolles revendique une forte identité artistique, il refuse cependant les étiquettes. « On ne croit pas à l'idée d'un jazz réservé aux initiés », affirme Tiphaine Samson, listant au fil des éditions les différentes influences mises à l'honneur : musiques du monde, rock, pop, raï, hip-hop ou encore musique psychédélique.
Une diversité qui attire des publics différents. Pour l'édition 2026, elle met d'ailleurs en avant le bal d'ouverture en accès libre. « Très tendance en ce moment chez les jeunes. »
Une histoire profondément ancrée dans l'île
Au-delà des quelques jours de juillet, le festival met aussi en avant le lien qu'il entretient toute l'année avec Porquerolles et Hyères. « Toute l'année, l'association poursuit son travail sur le territoire avec des concerts, des interventions en milieu scolaire, dans des centres de détention ou de rééducation, ainsi que des projets menés avec plusieurs partenaires culturels de la métropole », note Tiphaine Samson.
Sur l'île, depuis un quart de siècle, des enfants découvrent aussi la musique avec « l'Enfance du jazz ». « Et les premiers qui ont eu cette chance sont aujourd'hui des adultes. »
Préserver un esprit artisanal
Après le décès du fondateur Franck Cassenti en décembre 2023, l'équipe historique s'est mobilisée pour assurer la continuité du festival. Aujourd'hui, l'association reste fidèle à un modèle associatif porté par une poignée de bénévoles principalement issus du monde culturel. « Nous sommes des artisans », revendique la présidente. Un détail qui ferait aussi la différence à l'heure où de nombreux festivals sont produits par de grands groupes.



