De notre envoyé spécial à Vienne (Autriche), « United by queerness »… Le Qwien, le centre dédié à l’histoire et à la culture queer de la capitale autrichienne, détourne le slogan de l’Eurovision, « United by Music », pour intituler sa nouvelle exposition, visible jusqu’au 24 mai. Conçue en un temps record (six mois), elle retrace l’histoire du concours, qui fête cette année ses 70 ans, à travers le prisme LGBT+. De Danny Dauberson, la première candidate lesbienne, qui représentait la France lors de la toute première édition en 1956, à JJ, le lauréat gay de l’an passé, le parcours montre comment la compétition musicale la plus suivie au monde est devenue au fil du temps une tribune et un événement phare pour le public et les artistes LGBT+. Retour en cinq objets sur cette histoire.
La médaille de Jean-Claude Pascal
En 1961, le Français Jean-Claude Pascal remporte l'Eurovision pour le Luxembourg. Le chanteur n’a pas encore évoqué publiquement son homosexualité et personne n’a compris que le texte de « Nous les amoureux » parle d’un couple d’hommes. Les paroles ne sont pourtant pas si cryptiques que ça : « Nous les amoureux, on voudrait nous séparer, on voudrait nous empêcher d’être heureux. Nous les amoureux, il paraît que c’est l’enfer qui nous guette, ou bien le fer et le feu […] Mais l’heure va sonner, des nuits moins difficiles. Et je pourrai t’aimer sans qu’on en parle en ville. C’est promis, c’est écrit. » L’exposition montre la médaille avec laquelle Jean-Claude Pascal a été récompensé à l’Eurovision. Elle appartient aux collections du Musée de la chemiserie et de l’élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse.
La barbe autrichienne en crochet
Lorsqu’il a été annoncé que l’Autriche serait représentée par une drag-queen, Conchita Wurst, à l’Eurovision 2014, une vague d’hostilité s’est déclenchée dans le pays. Des pétitions ont même circulé pour empêcher l’artiste de défendre la candidature autrichienne. Des fans se sont montrés créatifs en confectionnant des barbes en crochet aux couleurs du drapeau autrichien qu’ils ont arborées lors du concours à Copenhague (Danemark) afin de témoigner de leur soutien à la chanteuse. On connaît la suite : Conchita Wurst a triomphé avec sa chanson « Rise Like A Phoenix ». Et, comme le fait remarquer Alkis Vlassakakis, l’un des curateurs de l’exposition, elle a donné une dimension universelle à sa victoire en étant la seule gagnante à ne pas avoir pavoisé trophée en main avec le drapeau de son pays.
Les feux de signalisation
Deux hommes qui se tiennent par les épaules. Deux femmes qui avancent main dans la main, un cœur flottant entre leurs têtes… Ces feux de signalisation évoquant des couples gays et lesbiens sont apparus dans Vienne à l’occasion de l’édition 2015 de l’Eurovision. La ville, qui accueillait pour la deuxième fois le concours (la première, c’était en 1967), faisait ainsi un clin d’œil à la communauté LGBT+. Ces feux sont encore visibles dans la capitale autrichienne. L’exposition propose également d’entendre l’un des messages que Conchita Wurst avait enregistrés pour annoncer les arrêts de transports en commun aux usagers et aux touristes.
La tenue de Nemo
L’exposition permet de découvrir plusieurs costumes portés par des candidats sur la scène de l’Eurovision. La jupe et la veste de Nemo, l’artiste non binaire qui a remporté le concours en 2024 pour la Suisse, en font partie. Si Nemo a renvoyé son trophée en signe de protestation contre la participation d’Israël, sa tenue de scène appartient au diffuseur public helvète, la SRG SSR, ce qui a rendu ce prêt possible. Les organisateurs de « United by Queerness » ont révélé que plusieurs objets qui devaient être exposés ont finalement été gardés par leurs propriétaires qui voulaient ainsi manifester leur désaccord avec la présence israélienne à l’Eurovision. Par ailleurs, pour admirer la robe portée par Conchita Wurst lors de sa victoire en 2014, c’est au Musée de l’histoire d’Autriche, sept stations de métro plus loin que le Qwien qu’il faut aller.
Un tee-shirt non lavé depuis 2019…
Ce tee-shirt portant une mention en faveur de l’égalité disparaîtra de l’exposition en fin de semaine pour quelques jours. La raison ? Il sera rendu à son propriétaire, l’animateur radio Philipp Hansa qui, samedi lors de la finale, annoncera les points attribués par le jury autrichien. Une mission qui lui est confiée chaque année depuis 2019 et qu’il accomplit en portant ce tee-shirt. Cette année-là, il avait déclaré : « Vous avez une fois de plus prouvé que les préjugés, la haine, le racisme, le sexisme et l’exclusion n’ont pas leur place ici. » Et, pour l’anecdote, depuis 2019, Philipp Hansa n’a jamais lavé ce vêtement…



