Alors que l'exposition précédente vient tout juste d'être décrochée, une nouvelle effervescence gagne le Centre d'art contemporain de Châteauvert. L'équipe s'affaire pour l'inauguration de Ciels, terres, mers, feux : un atlas de métamorphoses, prévue ce vendredi 10 juillet 2026 à 18 heures. L'exposition sera visible jusqu'au 29 novembre.
Un travail de fourmi pour un accrochage parfait
Christophe Margueritte, régisseur au Centre d'art contemporain, tient une photo imprimée de l'œuvre de Sara Ouhaddou, installée lors d'une précédente exposition. « L'œuvre doit être plus haute. On n'arrive pas à avoir le même visuel », constate-t-il. Véronique Collard-Bovy, responsable et directrice artistique, lui suggère : « Le bleu doit monter encore. » C'est elle qui a conçu les espaces, la lumière et la scénographie de cette nouvelle exposition.
René Sacchini, régisseur indépendant qui intervient deux à quatre fois par an, propose : « Il faudrait ajouter un support à 90 cm, comme ça, on a un équilibre, c'est symétrique. » Christophe ajoute : « Moi ce que je veux, c'est que ce soit beau. »
Un chantier minutieux où chaque détail compte
Des cartons marqués « fragile » laissent entrevoir du papier bulle. Un escabeau est déplié, des fils courent au sol. Au milieu de la salle, une grande table supporte plans, crayons, règles et une boîte à outils. L'accrochage d'une exposition ressemble à un chantier, mais un chantier où il faut prendre toutes les précautions. Les objets manipulés sont d'une extrême fragilité et uniques.
Ce jour-là, Christophe et René installent Je de rôle, une grande œuvre tissée en laine, longue de plusieurs mètres. « On travaille beaucoup ensemble en amont pour l'organisation », souligne Christophe. Il doit faire le point sur le matériel et gérer le transport avant de mettre en place les cimaises modulables et les peintures. « Il faut être un peu touche-à-tout, serrurier, électricien… Parce qu'il faut qu'on réponde aux exigences de l'artiste. Mais si ce n'est pas possible, ce n'est pas possible. Nous avons aussi des mesures à respecter pour la sécurité du public. En tout cas, quand les œuvres arrivent, tout doit être prêt. »
La manipulation des œuvres : un protocole strict
La partie la plus sensible commence. Christophe enfile des gants blancs et sort un vase en verre de son carton, La lampe aux lettres qui lui échappent. « Il faut être maniaque. Il y a un protocole de manipulation », précise René. Christophe officie à Châteauvert depuis 2011. Avant cela, il a travaillé au Musée des beaux-arts de Caen et a commencé comme ébéniste d'art. René partage avec lui « la fibre culturelle. On est complémentaire. On se connaît bien. On n'a même plus besoin de se parler. »
Les médiateurs culturels : guides et passeurs d'art
Une fois l'exposition prête, « on donne l'expo aux visiteurs », guidés par Aurélie, Candide et Lucas, les médiateurs culturels du Centre d'art. Ils sont les premiers visages que le public voit en entrant. L'accueil n'est qu'une petite partie de leurs missions. Ils assurent l'animation des visites scolaires, de la maternelle au lycée. « Pour les plus petits, nous proposons une visite contée. Une histoire imaginée à partir des œuvres, explique Aurélie. Pour les lycéens, nous serons davantage dans l'interprétation. C'est plus participatif. »
Dans une grande salle à l'écart, les médiateurs reçoivent différents publics pour des pratiques artistiques toujours en lien avec l'exposition. « Nous sommes toujours en train de redécouvrir les œuvres. Quand on croit connaître notre sujet, il faut changer. C'est très intéressant. » Lucas résume : « La médiation, c'est aller chercher ceux qui n'ont pas l'habitude de venir. » Parfois, ce sont les enfants qui donnent envie aux parents.
Une mise en dialogue entre deux artistes
Véronique Collard-Bovy, responsable du Centre d'art et directrice artistique, présente l'exposition comme une mise en dialogue entre Younès Rahmoun, « artiste emblématique de l'art contemporain au Maroc », et Sara Ouhaddou, « l'étoile montante ». Leur point commun : « Leurs pratiques renouvellent les savoir-faire traditionnels. Ils réinterprètent d'anciens gestes dans des créations contemporaines. Des hybridations. »
Des verriers du Cirva (Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques à Marseille), des tapissiers, des céramistes de Tétouan… Les deux artistes valorisent l'artisanat. « Et ils le font avec beaucoup d'humanité. Ils citent chaque personne. C'est un vrai travail de collaboration. »



