Une exposition poignante au cœur du château de Nantes
Le château des ducs de Bretagne, à Nantes, accueille jusqu'au 30 septembre 2026 une exposition inédite intitulée "Corps et visages de l'esclavage". Cette manifestation artistique, conçue par deux artistes contemporains, propose une plongée immersive dans l'histoire de la traite négrière et de l'esclavage, en redonnant une identité et une humanité aux victimes longtemps anonymisées.
L'exposition s'inscrit dans le cadre du parcours permanent du musée d'histoire de Nantes, qui aborde déjà le rôle majeur de la ville dans le commerce triangulaire aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les deux artistes, dont les noms n'ont pas été dévoilés, ont travaillé à partir d'archives historiques, de registres de navires négriers et de témoignages pour créer des œuvres qui mêlent sculpture, installation vidéo et photographie.
Donner un visage à l'histoire
L'une des pièces centrales de l'exposition est une série de portraits réalisés à partir de descriptions physiques contenues dans les documents d'époque. Chaque visage, recomposé numériquement, est accompagné d'un nom, d'un âge et d'un lieu d'origine, offrant ainsi une individualité à ceux qui furent réduits en esclavage. Les artistes expliquent avoir voulu "restituer une part de dignité à ces hommes, ces femmes et ces enfants arrachés à leur terre".
Une autre installation immersive plonge le visiteur dans l'atmosphère oppressante d'un navire négrier. Des projections vidéo, des sons de chaînes et des récits lus par des comédiens reconstituent le voyage infernal depuis les côtes africaines jusqu'aux Amériques. Le public est invité à déambuler dans un espace sombre, ponctué de cloisons évoquant les cales du navire, où des silhouettes spectrales apparaissent.
Un travail de mémoire nécessaire
Pour la conservatrice du musée, cette exposition est "une manière de poursuivre le travail de mémoire engagé depuis plusieurs années à Nantes". La ville, qui fut au XVIIIe siècle le premier port négrier de France, a entrepris un long processus de reconnaissance de ce passé douloureux, avec notamment l'ouverture du mémorial de l'abolition de l'esclavage en 2012. L'exposition actuelle vient compléter cette démarche en mettant l'accent sur la dimension humaine et individuelle de la tragédie.
Les artistes, qui ont travaillé en collaboration avec des historiens et des associations de mémoire, insistent sur l'importance de ne pas réduire les esclaves à des chiffres ou des statistiques. "Chaque personne déportée avait une vie, une famille, une culture. Nous voulons rappeler leur humanité", déclarent-ils dans le catalogue de l'exposition.
Un parcours pédagogique et émouvant
L'exposition, qui s'étend sur plusieurs salles du château, propose également des ateliers pédagogiques pour les scolaires et des conférences animées par des spécialistes. Un espace est dédié aux témoignages de descendants d'esclaves, qui partagent leur histoire et leur quête d'identité. Le parcours se termine par une œuvre collective : les visiteurs sont invités à écrire un message ou un nom sur des rubans blancs accrochés à une structure métallique, formant ainsi une installation participative symbolisant la libération et la réconciliation.
Cette exposition, qui suscite déjà un vif intérêt, devrait attirer un large public, curieux de découvrir une page sombre de l'histoire de France à travers un regard artistique contemporain. Elle rappelle que le travail de mémoire est essentiel pour comprendre les racines des inégalités et des discriminations actuelles.



