Sonia Combe accuse le Seuil et Paul Preciado de l'avoir spoliée sur N.O. Body
Sonia Combe spoliée par le Seuil et Preciado sur N.O. Body

Une historienne dénonce une spoliation éditoriale autour d'un témoignage intersexe historique

Dans le monde de l'édition universitaire, une polémique éclate autour de la publication des « Mémoires des années de jeune fille d'un homme » de N.O. Body. L'historienne Sonia Combe, spécialiste reconnue de l'histoire allemande, accuse ouvertement les éditions du Seuil et le philosophe Paul B. Preciado de l'avoir « spoliée » de son travail de recherche et de traduction.

Les faits à l'origine du conflit

L'affaire remonte à plusieurs années lorsque Sonia Combe, qui partage sa vie entre la France et Berlin, découvre l'histoire fascinante de N.O. Body par l'intermédiaire de son ami historien Hermann Simon. Ce dernier avait révélé au début des années 1990 l'identité juridique réelle de N.O. Body : Karl M. Baer, un Allemand juif qui obtint l'un des premiers changements de genre à l'état civil au début du XXᵉ siècle avant d'émigrer en Palestine en 1938.

En 2022, Sonia Combe publie un article sur le site littéraire En attendant Nadeau où elle présente les Mémoires de N.O. Body. Séduite par ce témoignage historique exceptionnel, elle entreprend alors un travail considérable de traduction et de recherches de contextualisation approfondies.

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L'intervention des éditions du Seuil

Vincent Casanova, directeur du département des sciences humaines aux éditions du Seuil, prend connaissance de l'article de Sonia Combe et manifeste un vif intérêt pour le projet. La maison d'édition décide de publier le récit de N.O. Body accompagné d'un texte du philosophe Paul B. Preciado, figure majeure des études de genre.

C'est à ce moment que le conflit éclate : les éditions du Seuil jugent finalement la préface de Sonia Combe en « dissonance » avec la réflexion développée par Paul Preciado. La décision est prise d'écarter complètement le travail de l'historienne de la publication finale.

Les accusations publiques de Sonia Combe

Le 6 mars, une semaine avant la parution officielle de l'ouvrage, Sonia Combe publie un billet incendiaire sur Mediapart intitulé « Comment peut-on être trompé(e) et spolié(e) de son travail par une maison d'édition ». Dans ce texte, elle expose en détail :

  • Son travail de traduction intégrale des Mémoires de N.O. Body
  • Ses recherches historiques approfondies pour contextualiser le témoignage
  • La manière dont sa contribution a été écartée sans son consentement
  • L'absence de reconnaissance pour son travail préparatoire

L'historienne pose une question fondamentale : « À qui appartient l'histoire de N.O. Body ? », mettant en lumière les tensions entre recherche historique et interprétation philosophique dans le traitement des témoignages historiques.

Les enjeux de cette affaire éditoriale

Cette polémique dépasse le simple différend contractuel pour toucher à des questions essentielles :

  1. La reconnaissance du travail de recherche en amont des publications
  2. Les relations de pouvoir entre chercheurs et maisons d'édition
  3. L'appropriation des récits historiques minoritaires
  4. L'équilibre entre interprétation philosophique et rigueur historique

Le cas de N.O. Body, témoignage rare d'une personne intersexe ayant obtenu un changement de genre légal au début du XXᵉ siècle, ajoute une dimension particulière à ce conflit. La publication de ces Mémoires représente un document historique précieux pour la compréhension des identités de genre dans l'histoire allemande.

Cette affaire illustre les tensions croissantes dans le monde de l'édition universitaire, où la valorisation des travaux de recherche fondamentale se heurte parfois aux impératifs commerciaux et aux choix éditoriaux stratégiques. La question de la propriété intellectuelle et de la reconnaissance des contributeurs scientifiques reste plus que jamais d'actualité.

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