Simon Edelstein, photographe et archiviste passionné, a consacré les deux dernières décennies à un projet singulier : documenter les cinémas abandonnés à travers la France. Ce travail de mémoire, il le décrit comme une nécessité impérieuse : « Je me devais de les photographier », confie-t-il. Ces lieux, autrefois temples du septième art, sont aujourd'hui en ruine ou transformés, mais leur âme persiste dans les clichés d'Edelstein.
Un voyage dans le temps
Son périple a commencé presque par hasard, lors d'une balade dans un village de l'Aveyron. Une façade décrépie, une enseigne encore lisible : « Cinéma ». Le déclic fut immédiat. Depuis, Edelstein arpente les routes, appareil en bandoulière, à la recherche de ces vestiges. Il estime avoir photographié plus de 500 salles, des grandes villes aux hameaux les plus reculés. Chaque photo raconte une histoire : celle d'une salle comble un soir de première, d'un projectionniste discret, d'une communauté rassemblée.
Un patrimoine en péril
Ces cinémas, souvent construits dans les années 1930-1950, sont les témoins d'une époque où le cinéma était le divertissement populaire par excellence. Mais l'arrivée de la télévision, puis des multiplexes, a sonné le glas de nombreuses salles de quartier. Beaucoup ont été fermées, démolies ou reconverties en supermarchés, en logements. Edelstein les capture avant qu'elles ne disparaissent complètement. Son travail est un inventaire poignant de ce patrimoine menacé.
Une démarche artistique et documentaire
Au-delà de l'aspect documentaire, ses photographies sont empreintes d'une esthétique mélancolique. Il joue avec la lumière naturelle qui filtre à travers les vitres brisées, les fauteuils défraîchis, les écrans blanchis. « Chaque salle a une atmosphère unique », explique-t-il. Ses images sont exposées dans plusieurs galeries et ont fait l'objet d'un livre, Cinémas oubliés, paru en 2024. Le succès est au rendez-vous, preuve que ces lieux continuent de fasciner.
Un appel à la sauvegarde
Edelstein espère que son travail sensibilisera le public et les pouvoirs publics à la préservation de ces lieux. Certaines salles ont été classées monuments historiques grâce à ses reportages. « Chaque cinéma sauvé est une victoire », dit-il. Il continue son périple, avec l'énergie d'un homme qui sait que le temps presse. Car chaque année, des dizaines de salles disparaissent, emportant avec elles un pan de notre mémoire collective.
Son projet est soutenu par le ministère de la Culture, qui voit en lui un gardien de la mémoire cinématographique. Des expositions itinérantes sont prévues dans plusieurs régions. Edelstein, lui, ne compte pas s'arrêter là : « Il reste encore tant de cinémas à découvrir. »



