Sélection de livres jeunesse : plongée dans les mondes invisibles
Chaque semaine, une sélection de livres jeunesse parmi les dernières parutions vous est proposée. Cette fois-ci, l'accent est mis sur les mondes invisibles qui se cachent dans les recoins du réel, attendant simplement qu'un visiteur assez aventureux ose les découvrir. Des albums illustrés aux romans fantasy, voici trois ouvrages qui captiveront les jeunes lecteurs de tous âges.
Pour les petits : « Emma et Thomas au pays des labyrinthes »
Emma et Thomas rentrent tranquillement chez eux lorsqu'un mystérieux petit personnage les invite à emprunter un chemin de traverse. Les voilà alors transportés dans un royaume étrange et labyrinthique où les dimensions sont bouleversées et les repères totalement brouillés. De l'intérieur d'un tronc d'arbre aux pages d'un livre, de la grotte d'un dragon jusqu'à une ville miniature, leur aventure les mène à travers des paysages enchanteurs.
Parviendront-ils à rentrer à la maison sans se perdre dans ces dédales complexes ? Cet album présente des dessins doux et colorés, deux petits héros naïfs, un esprit de la nature facétieux et des labyrinthes minutieux dans lesquels l'esprit peut vagabonder librement.
Mi-livre d'histoire, mi-livre-jeu, ce très bel album possède tous les atouts pour faire partie des premiers titres de la nouvelle collection « Le Renard Doré » de l'École des Loisirs. Cette collection met en avant le meilleur de l'imaginaire japonais pour les enfants, et cette œuvre en est une belle réussite qui donne envie de découvrir le reste de la sélection.
Pourquoi on aime ? Pour le trait enchanteur de Kenya Oba. Pour le plaisir de trouver son chemin dans les multiples labyrinthes qui sillonnent les pages, défiant même les plus grands. Pour les clins d'œil aux classiques de l'enfance, des contes de Grimm à Alice au pays des Merveilles. Pour la possibilité de lire l'histoire avec un adulte ou de jouer seul avec les images.
« Emma et Thomas au pays des labyrinthes », Kenya Oba, Le Renard Doré (L'École des Loisirs), 40 pages, 15 euros. À partir de 3 ans.
Pour les moyens : « Les mystères de Fondombre - Tome 1 »
Un recoin sombre, un escalier mal éclairé, l'arrière d'une porte… Et si les ombres recelaient réellement des territoires cachés, des êtres surnaturels, voire des univers tout entiers, prêts à nous engloutir et à interférer avec notre monde ? C'est la stupéfiante découverte que vont faire Ambre et Gaspard, deux cousins invités à pousser les portes du manoir de Fondombre le temps d'un été, sur invitation de leur grand-père, le comte Philibert.
Mais quels secrets renferme la mystérieuse demeure, aux lumières constamment allumées ? Pour quelles raisons sont-ils contactés seulement maintenant par cet aïeul dont ils ignoraient tout ? Et que faire quand celui-ci, soudain, disparaît sans laisser de traces ?
D'un postulat immédiatement lisible, presque instinctif - chacun a déjà éprouvé, enfant, l'inquiétude face à l'obscurité - Carina Rozenfeld déploie ici un imaginaire florissant, entre roman gothique et récit d'aventure. Sous l'intrigue principale, efficace et rythmée, affleure une autre idée : celle d'un héritage invisible, une transmission qui échappe aux adultes eux-mêmes.
Sans réinventer les codes de la fantasy jeunesse, ce premier tome séduit par la clarté de son dispositif et la fluidité de son récit, qui s'adapte au jeune public sans faire l'impasse sur la profondeur. C'est dans sa manière de faire des ombres un espace à la fois intime et vertigineux que le livre trouve sa singularité, comme si grandir consistait, aussi, à accepter d'y entrer.
Pourquoi on aime ? Pour la densité de l'univers et des imbrications spatio-temporelles, qui ne fait pas rimer accessibilité avec facilité. Pour la maîtrise de Carina Rozenfeld, déjà récompensée par quarante-cinq prix littéraires dont les prestigieux prix des Imagínales et prix des Incorruptibles. Pour la fresque familiale et les liens intergénérationnels qui cimentent le récit. Pour la promesse de suite que cette introduction au monde des ombres laisse planer.
« Les mystères de Fondombre - Disparus dans les ombres », Carina Rozenfeld, Bayard Jeunesse, 304 pages, 15,90 euros. À partir de 9 ans.
Pour les grands : « Metamorphosis »
Melchior, 25 ans, traverse la vie comme on rase les murs, tant pour éviter de se faire remarquer que pour ne pas s'effondrer sur lui-même. D'aussi loin qu'il se souvienne, il n'a jamais connu d'autre compagnie que celle de son alter ego Abriel. Sauf qu'Abriel n'existe pas. Du moins, personne d'autre ne le voit, si bien que Melchior se demande si cet être capable de se changer en papillon n'est pas le fruit de sa propre folie.
Jusqu'au soir où la voix apeurée de son ami le tire du sommeil pour l'appeler à l'aide. Le jeune homme se retrouve alors projeté dans un monde parallèle, entouré d'inconnus aux pouvoirs exceptionnels qui lui apprennent qu'Abriel a mystérieusement disparu.
Il y a, dès les premières pages du roman, quelque chose qui retient : une qualité d'écriture peu commune, précise et sensible. Infusé de magie, chaque univers traversé par Melchior possède sa texture propre, ses règles, ses lumières, ses silences. Dans ce décor déployé avec un sens du détail presque organique, la jeune autrice périgourdine Mary Orchard réussit brillamment à faire tenir ensemble l'intime et le politique.
Car derrière l'architecture foisonnante, le constat s'assombrit rapidement : d'attirante, la magie vient peu à peu refléter, déformer ou amplifier les dérives du réel. Autoritarisme, rejet de l'autre, tentations de contrôle et d'uniformisation… Page après page, le fantastique se révèle un précieux outil pour penser ce qui, dans notre propre monde, menace de basculer.
Portée par une romance un peu maladroite, qui dessert le rythme général mais qui plaira certainement aux aficionados de romantasy, la métamorphose annoncée se révèle aussi une quête de soi. L'image du papillon, qui ponctue le récit comme une promesse et une menace, rappelle discrètement que les plus infimes variations - un battement d'aile, quelque part - peuvent entraîner des bouleversements irréversibles.
Pourquoi on aime ? Pour l'univers en multiples strates, dont chacune s'avère consciencieusement élaborée. Pour la profusion de détails visuels et la qualité des descriptions. Pour le jeu de miroirs qui construit une vraie réflexion politique. Pour la vision sauvage de la magie comme souffle vital à l'origine de toute chose.
« Metamorphosis », Mary Orchard, Casterman, 448 pages, 20,90 euros. À partir de 13 ans.



