Une biographie qui explore les multiples facettes d'une pionnière de la presse féminine
Dans son dernier ouvrage, Yseult Williams nous plonge dans l'univers d'Hélène Gordon-Lazareff, la flamboyante fondatrice du magazine « Elle ». Loin d'un portrait lisse, l'auteure révèle les contradictions et les blessures qui ont façonné cette femme d'exception. À travers une enquête minutieuse et des témoignages variés, elle dresse le portrait d'une personnalité complexe, animée par une énergie hors du commun.
Les racines d'une ambition dévorante
Née en 1909 à Rostov-sur-le-Don, dans une famille de la haute bourgeoisie juive russe, Hélène Gordon connaît une enfance dorée. La révolution d'Octobre 1917 bouleverse son destin : sa famille est contrainte à l'exil. Ce traumatisme précoce lui laisse une « peur panique d'être arrachée » à ses proches et à sa patrie. L'exil devient son école de la survie : elle comprend très tôt que l'argent peut sauver des vies et nourrit l'ambition de s'élever au sommet.
Un parcours hors norme dans le journalisme
Dans la France de l'entre-deux-guerres, les Russes blancs, surnommés les « épaves de l'Empire », vivent repliés sur eux-mêmes. Mais Hélène Gordon se passionne pour le surréalisme et l'ethnographie, une discipline alors révolutionnaire. Sa détermination la conduit à intégrer l'expédition Sahara-Soudan, où elle signe ses premiers reportages. Rapidement, elle attire l'attention de Pierre Lazareff, le visionnaire qui révolutionne « France-Soir ». Leur mariage devient un véritable pacte de pouvoir.
De New York à Paris : la naissance d'un mythe
Durant la Seconde Guerre mondiale, elle se réfugie à New York et travaille pour « Harper's Bazaar » et le « New York Times ». De retour à Paris en 1945, elle lance le premier numéro de « Elle ». Le succès est immédiat et fulgurant. Le magazine devient rapidement une référence, incarnant une nouvelle image de la femme moderne, libre et indépendante.
Une vie privée tumultueuse
Sur le plan personnel, Hélène Gordon-Lazareff est tout aussi intense. Elle collectionne les amants avec la même frénésie qu'elle met à bâtir son empire. Pourtant, ses dernières années sont marquées par la solitude et une maladie neurodégénérative. Son enterrement rassemble peu de monde, contraste saisissant avec la foule qui aurait pu l'accompagner.
Yseult Williams, qui a lancé « Grazia » en France et dirigé « Marie-Claire », « Marie-France » et « Lui », signe ici une biographie passionnante. Elle ne cache rien des zones d'ombre de son héroïne, offrant une analyse nuancée et profonde. Un livre qui se lit d'une traite, enrichi d'une élégance née de la connaissance de l'âme humaine.



