Gérard Daguerre : 60 ans de carrière au service de la chanson française
Gérard Daguerre : 60 ans de carrière au piano

Dans son livre « Avec Calme et Amour », Gérard Daguerre raconte une vie de piano au service des plus célèbres artistes de la chanson française. Le Bayonnais sera en dédicace fin mai sur le BAB et en concert à Bayonne en février 2027, pour fêter ses 60 ans de carrière.

« Allo, Gérard ? » « Oui, je vous reçois cinq sur cinq ! » Gérard Daguerre, 76 ans, nous répond depuis un bourg proche du lac de Constance en Bavière, où le musicien bayonnais vit avec son épouse allemande, Carmen, rencontrée du temps du service militaire, avec qui il s’est marié en 1974.

Une carrière débutée à Hossegor

À l’occasion de sa biographie, ou plutôt de ses souvenirs mis noir sur blanc avec la complicité de Laurence Caracalla, le pianiste des plus grands interprètes français, de Joe Dassin à Charles Aznavour, en passant par Sylvie Vartan, Bernard Lavilliers, Serge Lama ou Régine, sans oublier bien sûr Barbara dont il fut pendant dix-sept ans le pianiste attitré, revient dans sa ville natale fin mai. Là où tout a commencé quand, au début des années 60, par la volonté de sa mère, le gamin de Bayonne s’est inscrit à un conservatoire de piano.

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Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre, « Avec Calme et Amour » ? En réalité, je n‘avais pas envie d’écrire un livre autobiographique car je ne suis pas en fin de carrière (sourire) et surtout, je ne suis pas du tout écrivain. Mais il se trouve que je suis très ami avec Alice Déon, qui a repris les Éditions La Table ronde à la suite de son père et elle m’a convaincu de raconter à Laurence Caracalla, les souvenirs de mon parcours de pianiste et les anecdotes de ma longue carrière.

De Bayonne à Paris

Une carrière qui a commencé très tôt, à Hossegor... J’avais 13 ans. Après une formation au conservatoire de piano de Bayonne, je suis engagé à l’orchestre du casino de Hossegor, du temps du grand Paul Barrière, un passionné de showbiz. Il connaissait tout le monde, Johnny, Sylvie, Richard Anthony… Avec mon frère Henri au trombone et Francis Etcheberry à la batterie, il nous a engagés pour y jouer tous les week-ends. Il nous a appelés les Dag’s Brothers, on jouait le répertoire yéyé, mais je détestais ça, ce n’était pas pour moi.

Vous montez à Paris à 15 ans ! Oui et là, moi qui étais une petite star dans mon coin, je me retrouve face à une forte concurrence. C’est soit je joue du piano pendant huit heures par jour pour me mettre au niveau, soit je retourne chez moi. À l’époque, mon frère joue avec Pierre Perret, je m’accroche, je sais lire une partition car j’ai appris le solfège et je débute dans des orchestres de bal, avant d’accompagner Michel Delpech, à 19 ans… Je pars ensuite en tournée avec Gilles Dreu (« Alouette ») et fais la première partie de Sylvie Vartan. Après mon service militaire, je l’accompagne au Japon où elle est déjà une star, puis, plus tard, à Las Vegas.

Les grandes rencontres

Puis vous jouez avec Joe Dassin et Michel Sardou. Avec Joe, j’ai fait le tour du monde, c’était une grande vedette, il n’avait que des tubes, on a fait 300 dates dans l’année, c’était fou. Puis je suis engagé à temps plein à l’orchestre de Bobino avant de travailler avec Michel Sardou en pleine période du « Rire du sergent » et des « Bals populaires ». On a fait des Olympia, une tournée au Québec, puis je l’ai quitté en 1977, il avait engagé la formation de René Coll.

Comment se passe la rencontre avec Barbara ? Été 1981, l’année de naissance de ma fille Muriel ; c’est Charley Marouani, l’imprésario de Sylvie et de Barbara qui nous a présentés. Nous sommes restés une semaine dans sa vieille ferme de Précy pour répéter avant ses 25 dates de suite au chapiteau de Pantin, et nous ne nous sommes plus quittés pendant dix-sept ans. Ce fut la période la plus heureuse et la plus intense de mon existence, elle m’appelait G. Je l’ai toujours vouvoyée.

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Cela ne devait pas être facile d’accompagner la pianiste Barbara… Barbara était très exigeante et c’est difficile pour un homme de jouer à la place d’une femme qui s’accompagne au piano, mais à force de travail, j’y suis arrivé. Ses spectacles sont chaque soir différents ! J’étais toujours dos au public et quand Barbara se levait, je prenais la suite… Barbara était une femme formidable, très drôle, amusante, rien ne pouvait la perturber sur scène.

La mort de Barbara et la suite

Vous apprenez sa mort le 24 novembre 1997, alors que vous êtes au Québec en tournée avec Serge Lama. Je l’ai accompagnée jusqu’au bout, notre ultime concert à Tours en mars 1997, jusqu’à ce dernier « Aigle noir » avec elle sur scène, j’en ai encore la larme à l’œil à chaque fois que j’en parle. Elle m’a annoncé plus tard qu’elle ne remonterait pas sur scène… Nous avons enregistré un ultime CD puis je suis parti sur les routes avec Serge Lama. C’est à Montréal que j’ai appris la nouvelle. J’étais dévasté, je n’étais pas sûr d’assurer le spectacle du soir, c’est mon amie Diane Dufresne qui m’a consolé et convaincu de jouer.

Barbara, Diane Dufresne, Sylvie Vartan, vous avez accompagné beaucoup de femmes… Oui et vous pouvez aussi rajouter Régine et Linda de Suza. J’aimais bien Linda, ma mère était fan, « Tiroli Tirola », j’ai joué avec elle jusqu’en 1986, elle m’en a fait voir de toutes les couleurs, comme ce baiser sur la bouche en plein direct sur « Champs-Élysées », Barbara m’avait fait une crise de jalousie terrible […]. Notre collaboration n’a pas été un long fleuve tranquille, elle était très jalouse et un brin paranoïaque, cela a brisé sa carrière.

L'amitié avec Serge Lama et Charles Aznavour

Avec Serge Lama, c’est une histoire d’amitié ? Oui, c’est le producteur Gilbert Coullier qui nous met en relation après le dernier concert de Barbara. C’était un chanteur à textes, avec lui pas de tralala, c’était ce qu’il me fallait, je n’aurais pas pu travailler autrement à ce moment-là. Au Palais des congrès, en 1995, on avait un quatuor vocal basque, dont Pampi Laduche (ancien champion de pelote, NDLR), qui cartonnait sur « Je suis un homme » et « L’Ave Maria ».

Vous avez également accompagné Charles Aznavour à la fin de sa carrière. Oui, ce fut après ma période à la direction musicale de l’Opéra-Comique de Jérôme Savary, un génie de la mise en scène, de 2000 à 2006. J’ai eu la chance d’être le chef d’orchestre de Charles Aznavour, durant deux ans. Il n’entendait plus très bien, mais restait le chanteur français le plus connu au monde, une star planétaire ! Mon plus grand souvenir reste ce concert, le 30 septembre 2006, à Erevan, chez lui en Arménie devant 100 000 personnes, dont le couple Chirac. Charles s’est adressé au public en arménien. La foule était en larmes…

Dédicaces et concert

Gérard Daguerre sera en dédicaces à la Librairie de la rue en pente, jeudi 28 mai à 18 h 30, puis au Bookstore à Biarritz, le lendemain à 18 heures. En février 2027, le pianiste sera au théâtre de Bayonne pour fêter ses 60 ans de carrière dans le cadre des concerts du dimanche après-midi.