Vincent Bolloré s'exprime sur la crise chez Grasset et défend sa vision
Pour la première fois depuis le début de la fronde au sein des éditions Grasset, Vincent Bolloré a pris la parole ce dimanche 19 avril 2026. Le milliardaire, propriétaire du groupe Hachette qui contrôle Grasset, a publié une tribune dans le Journal du Dimanche pour répondre aux critiques des auteurs et expliquer sa position.
Le licenciement d'Olivier Nora au cœur du conflit
Vincent Bolloré confirme que le départ d'Olivier Nora, PDG de Grasset, est lié à un différend avec la direction d'Hachette concernant la date de sortie du prochain livre de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal. "Le dirigeant de Grasset voulait le sortir à la fin de l'année – ce qui était contraire à la volonté de la direction Hachette", explique-t-il, ajoutant que "en entreprise comme en démocratie, la majorité décide in fine". L'ouvrage sera finalement en rayon dès le 6 juin.
Le milliardaire profite de cette tribune pour tacler les performances économiques "très décevantes" de Grasset, avec un chiffre d'affaires en baisse en 2025 et des bénéfices réduits de moitié. Il souligne également que la rémunération annuelle d'Olivier Nora est passée de 830 000 euros à 1,017 million d'euros pendant cette période.
Une réaction face au "bruit médiatique extraordinaire"
Vincent Bolloré s'étonne du "bruit médiatique extraordinaire" causé par le départ d'Olivier Nora, qui dirigeait Grasset et ses 38 salariés, sur les 33 000 que compte le groupe Lagardère. Selon lui, "cela touche une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient". Il accuse cette caste de profiter de sa capacité de fracas médiatique pour faire peur à beaucoup.
Le milliardaire se veut cependant rassurant : "N'ayons pas peur ! Grasset continuera et ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d'être publiés, promus, reconnus et appréciés". Concernant les accusations sur son idéologie, il rappelle être chrétien démocrate et assure que les dirigeants de Hachette continueront à publier tous les auteurs qui le souhaitent.
Les réactions du monde de l'édition et des salariés
Cette crise a provoqué de vives réactions dans le milieu littéraire. 170 auteurs ont annoncé leur départ des éditions Grasset en solidarité avec Olivier Nora. Par ailleurs, 300 auteurs et acteurs du monde de l'édition, dont Leila Slimani, Virginie Despentes et Emmanuel Carrère, ont lancé un appel dans La Tribune du Dimanche pour demander la création d'une clause de conscience pour les écrivains, similaire à celle existant pour les journalistes.
Emmanuel Macron, interrogé vendredi au Festival du livre de Paris, n'a pas écarté cette idée, déclarant : "Je pense que c'est en tout cas quelque chose qui doit se réfléchir".
De leur côté, une centaine de salariés du groupe Hachette ont publié une tribune dans Le Monde pour exprimer leur inquiétude "pour la diversité éditoriale de nos maisons". Ils estiment que "la liberté de nos éditeurs est gravement mise en danger" et que la situation est alarmante pour l'ensemble du secteur culturel. Ils dénoncent également la concentration de maisons d'édition et de médias comme un enjeu démocratique de premier plan.
Vincent Bolloré et sa stratégie de concentration médiatique
Comme le rappelle l'AFP, Vincent Bolloré s'est lancé depuis les années 2010 dans un mouvement de concentration industrielle. Outre Hachette et Grasset, il contrôle également le groupe Canal+, Prisma Media (éditeur de Voici, Capital, Femme actuelle) et les médias Lagardère (Europe 1, JDD).
Des responsables politiques de gauche accusent régulièrement des médias comme Fayard, CNews, Europe 1 et le JDD de promouvoir des thèses conservatrices, voire d'extrême-droite, ce que ces médias contestent fermement. Cette controverse s'inscrit dans un débat plus large sur l'influence des grands groupes médiatiques sur la diversité des opinions et la liberté éditoriale en France.



