LGV Bordeaux-Toulouse : un rapport qui inquiète les villes intermédiaires
Dans un rapport remis le 9 avril au ministère des Transports, le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) émet des prévisions qui suscitent l’inquiétude des territoires traversés par la future ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse. Le document, consultatif, laisse entendre que les dessertes sans arrêt entre les deux métropoles pourraient être privilégiées, au détriment des gares intermédiaires comme celles d’Agen et de Montauban.
Un transfert du trafic vers les Intercités
Le COI indique, aux pages 52 et 53 de son rapport, que dans le cadre du Plan d’exploitation émergent vers 2035, la fréquence des trains d’équilibre du territoire (TET), c’est-à-dire les Intercités sur la liaison Bordeaux-Marseille, pourrait être augmentée. La plupart de ces trains emprunteraient la nouvelle ligne, avec des arrêts systématiques dans les gares nouvelles d’Agen et Montauban.
Ce transfert du trafic des Intercités vers la LGV est présenté comme une garantie pour ces villes d’un « niveau de desserte élevé ». En effet, le rapport précise que les opérateurs de services librement organisés, dans le contexte de l’ouverture à la concurrence, pourraient privilégier les dessertes TGV sans arrêt entre Bordeaux et Toulouse.
Une « dégradation de la desserte » redoutée
Pour les élus et acteurs locaux, cette perspective confirme leurs craintes. L’ouverture à la concurrence de la ligne à grande vitesse impliquerait que les TGV ne s’arrêtent pas automatiquement à la nouvelle gare de Brax, située à environ 9 kilomètres d’Agen. Quant aux Intercités, censés compenser ce manque, ils ne desserviraient plus ou peu la gare du centre-ville d’Agen, ni celle de Marmande.
Un collectif d’organisations anti-LGV, comprenant Stop LGV 47, Les Amis de la terre et Très Grande Vigilance en Albret, s’est indigné dans un communiqué du 17 avril. Il dénonce une situation où « la LGV enjambe ces territoires ruraux qui la financent, mais sans les desservir, et même au contraire en dégradant leurs dessertes ferroviaires ».
Des réactions contrastées parmi les élus
Olivier Grima, président de l’Agglomération d’Agen, relativise ces prévisions en qualifiant le scénario de « très hypothétique ». Il invite à ne pas « surinterpréter » le rapport du COI, qu’il ne juge pas « décisif ». Sa mission, rappelle-t-il, est de faire valoir « un nombre conséquent de clients » sur le territoire de la moyenne Garonne auprès du privé qui portera la ligne et devra l’équilibrer.
Il souligne le travail entrepris à travers le club d’influence Gare TGV et affirme qu’il « portera cette parole » au conseil de surveillance du Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO). En février dernier, des signaux positifs avaient été perçus par le maire de Marmande Joël Hocquelet et le sénateur Michel Masset quant au maintien de la desserte de la gare de Marmande par l’Intercités, laissant penser que le ministère et son organe consultatif ne parlent pas d’une seule voix.
Des exigences fortes pour l’avenir
Le maire d’Agen, Laurent Bruneau, estime quant à lui que le plan d’exploitation « confirme une évolution préoccupante ». Il dénonce « la montée en puissance de dessertes à grande vitesse directes entre métropoles » qui « pourrait se faire au détriment des villes intermédiaires ». « Agen refuse d’être la variable d’ajustement du projet », affirme-t-il.
Il reconnaît que le renforcement envisagé des trains d’équilibre du territoire, avec un gain de temps de 20 à 25 minutes sur le trajet Bordeaux-Toulouse, constitue un signal positif. Cependant, cela ne saurait compenser une éventuelle diminution des dessertes TGV. Laurent Bruneau exige donc :
- La garantie d’un nombre minimal de dessertes TGV quotidiennes à Agen.
- Le maintien d’une offre répartie sur l’ensemble de la journée.
- Une complémentarité effective entre TGV et trains d’équilibre du territoire.
Il exhorte à ce que la Ville soit associée aux plans et études à venir. Enfin, il avertit que les collectivités n’ont pas les moyens de contribuer davantage au financement du GPSO pour des retombées aléatoires, alors que l’État et l’Europe semblent revoir à la baisse leurs engagements.



