Le support physique a perdu la bataille de la diffusion domestique des films face aux plateformes de visionnage, mais il l'emporte toujours auprès des amoureux du cinéma pour la qualité, la curiosité et l'originalité. Démonstration cette semaine avec de vieilles pépites signées Woody Allen et David Cronenberg, rééditées par l'éditeur BQHL.
Woody Allen : retour aux sources de l'humour
Avant les polémiques et les fréquentations déplorables, Woody Allen était drôle, voire génial. La réédition chez BQHL de deux de ses premiers films, chacun assorti d'un livret de 28 pages, offre l'occasion de s'en souvenir. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander) (1972) entendait informer sur les choses de l'amour en sept sketches. Tout n'a pas traversé les années avec le même bonheur, mais quand c'est le cas, le résultat est jubilatoire. On y voit Woody Allen en bouffon crochetant une ceinture de chasteté avec une hallebarde, en étudiant cherchant à capturer un sein colossal semant la désolation, et en spermatozoïde timide pas tout à fait prêt pour le grand saut.
Son cinquième film, Guerre et amour (1975), est encore meilleur, hilarant et coruscant. Il parodie avec ambition et dérision la grande littérature russe, notamment Tolstoï. Sorte de « Marx Brothers sous le tsar Alexandre », le film multiplie les séquences burlesques, les dialogues savoureux, et Woody Allen en obsédé, lâche et philosophe est absolument désopilant.
David Cronenberg : l'horreur à l'état brut
Reconnu depuis Faux-semblants comme un immense cinéaste cérébral, le Canadien David Cronenberg était auparavant une figure culte de l'horreur, obsédée par la perversion des esprits et la mutation des corps. L'éditeur BQHL permet de réviser ses deux premiers classiques underground, d'autant plus que les Blu-rays sont bardés de suppléments passionnants.
Dans Chromosome 3 (1979), avec Samantha Eggar et Oliver Reed, il montre une femme perturbée qui donne naissance à des créatures issues de son inconscient, qui massacrent les responsables de ses frustrations et inhibitions. Le film débute comme un polar bizarre avant de virer peu à peu en cauchemar halluciné. De même, Scanners (1980), autour de télépathes malades manipulés par des médecins fous, prend la forme d'un thriller paranoïaque très spectaculaire que des visions ultra-violentes font basculer dans l'horreur sanglante.
Ces rééditions témoignent de l'importance du support physique pour les cinéphiles, offrant une qualité d'image et des suppléments inédits que les plateformes ne proposent pas. Comme le souligne Jérémy Bernède dans Midi Libre, « si le support physique a perdu la bataille de la diffusion domestique des films depuis la multiplication des plateformes de visionnage, il l'emporte toujours auprès des amoureux du cinéma, pour ce qui est de la qualité, la curiosité, l'originalité ».



