Vimala Pons, actrice vibrante de force vitale, vient de recevoir un César pour L’Attachement de Carine Tardieu et est à l’affiche de Sauvons les meubles de Catherine Cosme. On la verra ensuite dans La Vénus électrique de Pierre Salvadori, présenté en ouverture du Festival de Cannes. Ces deux œuvres très différentes illustrent son talent versatile.
Dans Sauvons les meubles, elle incarne une photographe indépendante en visite chez sa mère mourante qui lui réserve une très mauvaise surprise. Dans La Vénus électrique, elle joue une artiste de cirque face à Pio Marmaï. L'actrice attachante a accepté de parler de ses expériences récentes.
Comment vous êtes-vous approprié votre rôle dans « Sauvons les meubles » ?
J’étais proche du personnage. Quand j’ai rencontré la réalisatrice Catherine Cosme, je ne savais pas que c’était son histoire à elle, ni que c’était elle que j’allais incarner. Au bout d’une demi-heure de discussion, on s’est rendu compte que nos mamans sont respectivement mortes à la même date mais pas la même année. Derrière moi, j’avais dix ans de ce deuil qu’on ne fait jamais. Parce que le temps guérit un peu tout, sauf les blessures dans ce cas-là.
Ce processus a-t-il été douloureux ?
Ça fait revivre des choses qui ont été parfois douloureuses, mais pour mieux les comprendre, c’est vrai. Ça ne guérit pas, mais ça fait du bien quand on est aidé par les gens qui sont autour. J’ai l’impression qu’il n’y a que le partage de nos expériences qui apporte une forme de consolation. On dit qu’il y a des phases au deuil, qu’on est souvent dans le choc, ensuite dans le déni, la colère et puis la tristesse. J’ai l’impression que Catherine est passée directement du choc à la colère. Et moi, je suis passée du deuil au déni pendant plus de dix ans. Chacun fait comme il peut.
L’humour tendre du film vous a-t-il séduite ?
Je trouve qu’au bout d’un moment, c’est un peu comme dans les enterrements qui sont des lieux propices au fou rire. L’humour qui apparaît à plein d’endroits vient donner beaucoup de lumière au film. Cela fait du bien au milieu des scènes de tension. Pour qu’il y ait du drame, il faut qu’il y ait aussi du relâchement dans le drame. Il est indispensable qu’il y ait de la joie.
Était-il difficile d’incarner la réalisatrice ?
On incarne toujours un peu les réalisatrices ou les réalisateurs qui nous dirigent. Mais c’est la première fois que j’avais à ce point le modèle sous les yeux… Catherine Cosme m’a demandé d’éteindre ma vitalité, celle que les cinéastes recherchent souvent chez moi parce qu’elle est source de comique. Elle m’a emmenée ailleurs. Ça m’a beaucoup apporté aussi de voir comment elle avait affronté le deuil.
Cela vous a-t-il fait du bien ?
Il y a eu plein de moments où c’était très difficile pour moi. Surtout le soir, après le tournage. Parce que sur le coup, on ne se rend pas compte de ce qu’on remue. On est concentré sur le travail et on est dans une fiction. Mais l’accumulation de tout ça a fait que, au bout d’un moment, on appuie sur des souvenirs, sur des microtraumas, et ça réenclenche de la tristesse. Mais c’est aussi le moyen de la catharsis puisque perdre quelqu’un, c’est avoir constamment des regrets, comme celui de ne pas être allé voir la personne à l’hôpital, de ne pas lui avoir plus parlé, de ne pas avoir été plus là pour elle. Retraverser ces choses, c’est aussi les réparer, parfois.
Votre César vous a-t-il aidée à prendre la vie du bon côté ?
Ça a changé beaucoup de choses pour moi, oui, parce que je ne m’étais pas rendu compte que j’en avais, en fait, vraiment besoin. La reconnaissance des autres permet la reconnaissance de soi aussi. Elle donne un apaisement. Je pense que quand elle arrive, au bout de vingt ans de travail, il y a quelque chose dans la validation par les gens du cinéma qui apaise et qui renvoie dans la vie avec un élan totalement différent. J’ai posé mon trophée sur un tabouret près de l’endroit où je travaille. Le regarder booste mon ego quand je suis dans le doute.
Doutez-vous avant de partir pour Cannes ?
Pour l’instant, je suis dans le déni quant à ma venue à Cannes mais je suis heureuse d’y aller avec La Vénus électrique de Pierre Salvadori. Le fait qu’il fasse l’ouverture et ne soit pas en compétition me semble cohérent. Il va sortir dans la foulée ce qui va lui permettre de rencontrer un public plus large. C’est un film sensible et virtuose pour son mélange de tons qui correspond à l’univers de Pierre. Cannes, c’est la passion avant l’industrie, ce qui fait qu’il y est parfaitement à sa place.



