« Tommy Guns », le nouveau long-métrage de Carlos Conceição, est un drame haletant et hypnotique qui se déroule en 1974 en Angola, alors que les dernières troupes colonialistes portugaises fuient dans le désordre le plus total. Le film, d'une durée de 1h58, a reçu la note de ★★★★☆ de la part du critique Xavier Leherpeur, qui le qualifie d'« immense révélation ».
Un drame entre guerre et allégorie
L'histoire débute par une scène troublante : un jeune soldat, aux allures d'enfant innocent, rencontre une jeune fille peu farouche au bord d'un ruisseau. Ce moment suspendu dans l'horreur d'une guerre qui fait rage hors champ s'achève dans la bestialité. Selon Leherpeur, cette scène est une parabole sur « l'éternelle violence toxique de l'homme blanc lorsqu'on le lâche dans des contrées étrangères où il n'a rien à faire, et où il poursuit inlassablement son travail de destruction culturelle et idéologique ».
Le héros perturbé rejoint ensuite son campement, un lieu clos délimité par un mur qu'aucun des soldats immatures n'ose franchir. Ils sont retenus captifs par un supérieur rigide, symbole d'un pouvoir hégémonique auquel plus personne ne croit, sauf lui. La venue d'une jeune femme faisant commerce de ses charmes précipite le drame métaphorique qui se joue dans cette prison à ciel ouvert.
Une mise en scène hypnotique et sensuelle
Carlos Conceição, après son premier film « Serpentário » (2019), prolonge ses thèmes de prédilection : les spectres culpabilisateurs, la figure fétichisée de la mère absente et les opacités d'une sexualité interdite. Le critique souligne que cette œuvre « vénéneuse, sensuellement torve, presque hypnotique, nous tient de bout en bout par la beauté équivoque et surréaliste de sa mise en scène ».
Les lumières en clair-obscur et la picturalité des cadres, qui sont autant de prisons pour ces corps lascifs et malades, construisent un chant élégiaque d'une puissance à laquelle on se soumet avec un ravissement malaisant. Le film se distingue par sa capacité à mêler tragédie antique, mythologie et propos politique, faisant de « Tommy Guns » une œuvre à la fois intemporelle et profondément ancrée dans l'histoire.
Un film qui marque les esprits
« Tommy Guns » sort en salle le 29 juillet et s'annonce comme l'un des films marquants de l'année. La critique loue une réalisation maîtrisée et un scénario dense qui explore les thèmes de la culpabilité, de la violence coloniale et de la recherche d'identité. Avec des interprétations justes de João Luis Arrais et Anabela Moreira, le film offre une expérience cinématographique immersive et troublante.



