Le réalisateur angolais Carlos Conceição signe avec Tommy Guns une œuvre radicale qui plonge au cœur de la guerre d'indépendance angolaise (1961-1974). Le film, présenté en compétition au Festival de Locarno en 2022, raconte l'histoire d'une jeune femme déterminée à venger sa famille massacrée par les forces coloniales portugaises. Sur fond de conflit armé, Conceição tisse une narration mêlant réalisme brutal et séquences oniriques.
Un récit de vengeance et de révolte
Le long-métrage suit les traces de Nádia, interprétée par la comédienne angolaise Joana dos Santos, qui s'empare d'une arme automatique pour traquer les soldats portugais. Selon le critique de Cahiers du Cinéma, « Conceição transforme la guerre en un western tropical, où la violence est à la fois outil de narration et symbole de libération ». Le film utilise des plans-séquences immersifs qui plongent le spectateur dans l'horreur et l'absurdité du conflit.
Une esthétique de la décolonisation
Carlos Conceição, né en 1979 en Angola, s'inspire de sa propre histoire familiale. Dans une interview accordée à Libération, il déclare : « La violence coloniale est une matrice qui n'a jamais cessé d'opérer. Ce film est une tentative de désamorcer cette charge en la mettant en scène de manière crue et symbolique. » Le réalisateur emploie une palette de couleurs saturées, évoquant à la fois la beauté des paysages angolais et la laideur de la guerre.
Un accueil critique partagé
À sa sortie, Tommy Guns a suscité des réactions contrastées. Certains critiques ont salué son audace formelle, tandis que d'autres ont jugé sa violence trop graphique. Le film a néanmoins été primé au Festival de Locarno, remportant le Léopard d'argent pour la meilleure réalisation. Avec un budget de 1,2 million d'euros et 70 000 entrées en France, il reste une œuvre de niche mais essentielle pour comprendre le cinéma post-colonial africain.



