L'actrice taïwanaise Shu Qi, connue pour ses rôles dans des films comme « The Assassin » ou « Journey to the West », signe son premier long-métrage en tant que réalisatrice avec « Girl ». Présenté en avant-première au Festival de Cannes, le film sort en salles le 12 août. Pour celle qui avoue n'avoir « jamais pensé à la réalisation », ce passage derrière la caméra a été un parcours semé d'embûches.
Un défi à chaque étape
Dans un entretien accordé au Monde, Shu Qi revient sur les difficultés rencontrées : « Pour moi qui n'étais pas cinéaste, tout était compliqué. Chaque étape représentait un nouveau défi. » Elle raconte notamment la préparation, le tournage, et le montage, où elle a dû apprendre sur le tas. « Je n'avais aucune formation technique. J'ai dû m'entourer de personnes de confiance et apprendre très vite », explique-t-elle.
Le film suit l'histoire d'une adolescente de 15 ans, confrontée à la violence et à la complexité du monde adulte. Shu Qi s'inspire de son propre vécu : « Je me souviens de cette période de ma vie, pleine de doutes et de rébellion. J'ai voulu capturer cette intensité. » Le tournage a duré 45 jours, avec une équipe réduite, pour préserver une intimité propice à la performance des jeunes acteurs.
Un regard féminin sur l'adolescence
« Girl » se distingue par son approche sensible et sans concession. La réalisatrice filme le corps de son héroïne avec une pudeur rare, évitant tout voyeurisme. « Je voulais montrer la fragilité et la force de cet âge, sans jamais tomber dans le misérabilisme », précise-t-elle. Le film a été salué par la critique pour sa justesse et sa direction d'acteurs, notamment celle de la jeune révélation Lin Chien, 17 ans.
Le long-métrage a été produit par la société de production de Shu Qi, créée en 2023. Avec un budget modeste de 2,5 millions d'euros, le film a déjà été vendu dans 15 pays, preuve de l'attrait international pour ce récit universel. Shu Qi espère que son film touchera les adolescents et leurs parents : « J'aimerais que les gens se sentent moins seuls après avoir vu ce film. »
Une carrière riche avant la réalisation
Shu Qi, de son vrai nom Lin Li-hui, a débuté comme mannequin avant de devenir une actrice prolifique, avec plus de 50 films à son actif. Elle a collaboré avec des réalisateurs de renom comme Hou Hsiao-hsien, Tsai Ming-liang et Stephen Chow. Son rôle dans « Three Times » (2005) lui a valu le prix d'interprétation à Venise. Forte de cette expérience, elle aborde désormais la réalisation avec une maturité certaine.
« Girl » est aussi un projet personnel : Shu Qi a co-écrit le scénario avec la scénariste Wang Yi-ting. Le film aborde des thèmes comme la sexualité, l'amitié et la quête d'identité, dans une Taïwan contemporaine. La musique, signée par le compositeur Lim Giong, ajoute une dimension poétique à l'ensemble.
Un accueil prometteur
Lors de sa projection cannoise, « Girl » a reçu une standing ovation de 8 minutes. Les critiques ont souligné la maîtrise formelle de Shu Qi, notamment son utilisation de la lumière naturelle et des plans-séquences. Certains y voient déjà un futur classique du cinéma taïwanais. Le film concourra dans la section Un Certain Regard, aux côtés d'autres œuvres audacieuses.
Pour Shu Qi, ce premier film n'est qu'un début. Elle envisage déjà un deuxième projet, plus ambitieux, sur la condition des femmes en Asie. « La réalisation m'a ouvert un nouvel espace de liberté. Je compte bien continuer », conclut-elle avec le sourire. En attendant, les spectateurs pourront découvrir « Girl » dès le 12 août dans les salles françaises.



