Brian De Palma, réalisateur de Scarface, revient sur les circonstances qui l'ont mené à diriger ce film devenu un classique des années 80. Dans une interview accordée au Point, il explique comment il a hérité du projet après le départ de Sidney Lumet, initialement pressenti pour la réalisation.
Un départ inattendu pour Sidney Lumet
Sidney Lumet, réalisateur de Network et Un après-midi de chien, était le premier choix du producteur Martin Bregman pour adapter le roman d'Armitage Trail. Cependant, après plusieurs semaines de préparation, Lumet a quitté le projet en raison de divergences créatives. « Il voulait un film plus sombre, plus psychologique, tandis que Bregman et Pacino voulaient quelque chose de plus spectaculaire », confie De Palma. Ce départ a laissé la production en suspens, jusqu'à ce que Bregman se tourne vers De Palma, qui venait de connaître un succès critique avec Blow Out.
L'arrivée de Brian De Palma
De Palma a accepté le projet à condition de pouvoir apporter sa touche personnelle. « Je voulais que ce soit un film de gangster moderne, avec une violence stylisée et une esthétique qui rappelle les films de Sergio Leone », explique-t-il. Il a également insisté pour que le scénario d'Oliver Stone soit révisé, afin de renforcer le personnage de Tony Montana. Le film, sorti en 1983, a coûté 25 millions de dollars, un budget conséquent pour l'époque, et a rapporté plus de 65 millions de dollars au box-office mondial.
Un tournage sous tension
Le tournage a été marqué par des tensions entre De Palma et Al Pacino, qui interprète Tony Montana. « Al était très exigeant, il voulait que chaque scène soit parfaite. Parfois, on se disputait, mais cela a donné une énergie incroyable au film », se souvient De Palma. La scène de la tronçonneuse, devenue mythique, a été particulièrement difficile à tourner. « On a dû utiliser des effets spéciaux artisanaux, car les moyens techniques n'étaient pas ceux d'aujourd'hui », ajoute-t-il. Malgré les difficultés, le film a été achevé dans les temps, avec un montage final de 170 minutes.
Un héritage durable
Scarface est aujourd'hui considéré comme un film culte, notamment dans la culture hip-hop. De Palma estime que le succès du film tient à son personnage principal. « Tony Montana est un antihéros fascinant, un immigrant qui réussit par la violence, mais qui finit par se détruire. C'est une tragédie américaine », analyse-t-il. Le film a également marqué les esprits par sa bande originale, signée Giorgio Moroder, et par son affiche iconique. « Je suis fier d'avoir participé à ce film, même si je ne pensais pas qu'il deviendrait aussi important », conclut De Palma.



