Un biopic de ping-pong audacieux signé Josh Safdie
Le cinéaste Josh Safdie dévoile un long-métrage terriblement audacieux, plongeant dans les déboires d'un joueur de ping-pong ambitieux pris dans une spirale infernale au sein de l'Amérique de l'après Seconde Guerre mondiale. Intitulé « Marty Supreme », cette œuvre s'éloigne des modèles classiques pour explorer l'anticonformisme dans une période marquée par la Guerre froide et l'émergence de la société de consommation.
Timothée Chalamet dans une performance mémorable
Timothée Chalamet s'empare avec bonheur du rôle principal, éclaboussant l'écran de son talent dans la peau de Marty Mauser, un joueur de ping-pong aussi égocentrique qu'insaisissable. Sa performance est décrite comme mémorable, énergique, débridée et profondément habitée, capturant l'essence d'un personnage en proie à ses propres démons.
Inspiré en partie des déboires du champion de tennis de table Marty Reisman, le film n'est pas un biopic traditionnel mais une fiction qui fusionne plusieurs influences, y compris des éléments de la vie du réalisateur lui-même. Comme l'explique Josh Safdie, le personnage est une fusion de nombreuses personnes, reflétant la manière dont les écrivains tordent leur propre existence pour nourrir des créations fictionnelles.
Une mise en scène nerveuse et imprévisible
La réalisation de Safdie s'inscrit dans la lignée de ses précédents travaux tels que « Good Time » et « Uncut Gems », avec une esthétique nerveuse et imprévisible. Fortement influencée par le cinéma de John Cassavetes, Martin Scorsese et Abel Ferrara – ce dernier tenant d'ailleurs un savoureux second rôle –, la mise en scène donne du peps à cette cavale folle et dangereuse, ponctuée de moments cocasses.
Le tempérament singulier de Marty s'associe à une faculté de donner vie à tous ceux dont il croise la route, notamment une actrice en déclin interprétée par Gwyneth Paltrow, épouse d'un redoutable magnat du stylo. Cette distribution riche ajoute une profondeur supplémentaire au récit.
Un anachronisme sonore réfléchi
Bien que le film se déroule dans les années 50, la bande-son utilise des morceaux des années 80 comme ceux de Tears for Fears, Peter Gabriel ou Alphaville. Cet anachronisme est délibéré, comme l'explique Safdie : « Je n'ai jamais voulu faire un film d'époque au sens nostalgique. Je voulais raconter une histoire contemporaine qui a lieu en 1952. »
Le réalisateur compare cette approche à une sensation où « le futur hante le passé », avec un récit raconté du point de vue de Marty en 1988, évoquant ses espoirs de jeunesse. Ce paysage sonore en décalage confère une sensation de hauteur et de modernité au film.
L'importance du tournage à New York
Josh Safdie a insisté pour tourner à Orchard Street, à New York, plutôt que dans des studios à Toronto ou Atlanta. Pour lui, New York est une ville de piétons où l'on interagit avec des dizaines de récits en quelques pâtés de maisons, et il est impossible de capturer son âme ailleurs.
Cette authenticité se ressent avec les acteurs et figurants, souvent des New-Yorkais de troisième ou quatrième génération. Timothée Chalamet, issu d'une lignée d'artistes immigrants juifs de New York, a beaucoup échangé avec Safdie sur la sensation d'anonymat et l'identité urbaine.
« Marty Supreme », avec Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow et Odessa A'zion, dure 2 heures 30 et sort en salles ce mercredi 18 février. Une œuvre qui promet de marquer les esprits par son audace et son énergie cinématographique.



