François Ruffin accusé de racisme : la polémique qui enflamme la toile
Ruffin accusé de racisme : décryptage d'une polémique

Dans quel guêpier François Ruffin s’est-il fourré ? Il a suffi d’une vignette dans un album de bande dessinée dont il est l’auteur, Picardie Splendor, pour que la Toile prenne feu, que les snipers de tout poil le mitraillent d’injures et de condamnations définitives. En quelques bordées d’invectives sur le Web, le grand défenseur de la veuve et de l’orphelin se retrouve collé au mur avec l’étiquette de grand raciste devant l’éternel.

Une vignette polémique

Lui, raciste ? Le député de la Somme est un incorrigible rêveur. En laissant passer une vignette où on le voit, debout, torse bombé tel un prof de musculation, dans la position du mâle dominant face à un homme assis, replié sur lui-même, d’apparence maghrébine, il n’a pas vu venir la décharge électrique.

La scène raconte un banal contrôle de billets qui tourne mal. Des agents de la sécurité SNCF s’en prennent sans ménagement à une passagère d’origine africaine dont le billet n’est pas parfaitement en règle. Affaire dérisoire : une erreur en gare, il manque 20 euros pour que le train reparte. Ruffin, tel Robin des Bois, intervient et propose de régler la somme. C’est finalement le passager « d’apparence maghrébine », aussi Français que vous et moi, qui règle ce qui s’apparente à une amende. Ruffin, grand seigneur, en retour, lui fait un chèque de 20 euros.

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La machine à fantasmes s'emballe

Point final ? Que nenni ! C’est là que la machine à fantasmes, à coups bas politiques, que le carrousel des confusions et des arrière-pensées politiques se mettent en branle. Et ça cogne au bazooka. En tête des mitrailleurs, les élus LFI, telle la députée européenne Emma Fourreau, vilipendant une « BD bourrée de racisme, de paternalisme, avec la figure de l’homme blanc sauveur ». D’autres figures du mouvement mélenchoniste entrent dans la danse, comme le fraîchement élu maire de La Courneuve, Aly Diouara, qui le traite de « raciste complexé ».

Depuis, le député de la Somme tente d’endiguer la vague. Il rame, il rame, reconnaissant avec un certain courage qu’il n’a peut-être plus le logiciel politique adapté aux temps nouveaux, celui de la Nouvelle France revendiquée par Jean-Luc Mélenchon, qu’il reste dans des valeurs plus proches du PC de Georges Marchais, celles d’un ouvriérisme basé sur la défense du travail, donc des travailleurs, quelle que soit la couleur de leur peau.

Un conflit latent avec LFI

Las, les Insoumis l’ont dans le collimateur depuis 2019, quand il avait refusé de participer à la marche contre l’islamophobie, dans laquelle paradaient Jean-Luc Mélenchon et ses amis. François Ruffin avait trouvé un prétexte cocasse. « J’ai foot », avait-il ironisé. Le geste relevait quasiment de l’offense. Depuis, le fondateur de la revue Fakir, devenu un has been accroché aux anciennes valeurs de la gauche, est la cible des trolls Insoumis.

L'étincelle de l'immigration de travail

L’affaire s’est corsée quand, fin avril, il a lancé une grenade dégoupillée en annonçant qu’il était hostile à « l’immigration de travail ». Le renégat, en s’appuyant sur des propos de Jean Jaurès, Léon Blum, mais aussi de Jean-Luc Mélenchon, eut beau expliquer qu’il luttait contre les « patrons voyous », se servant d’une main-d’œuvre bon marché, corvéable à merci, il s’est retrouvé au pilori en quatrième vitesse. Le mal était fait.

Ruffin, candidat à l’élection présidentielle, est catapulté en territoire ennemi, celui de la France brune, des collabos, des « tout blancs, tout moches », des fidèles de CNews. Pour lui, le gibet n’est plus très loin. Ce Zadig de la France des usines désaffectées peut-il se dépêtrer de ce procès en sorcellerie ?

Capacité de résistance

C’est dans ces moments douloureux et cathartiques qu’on voit la capacité d’un homme politique à supporter ce genre d’attaque au napalm. Saura-t-il rebondir ? L’homme qui défia en son temps le milliardaire Bernard Arnault avec son film coup de poing Merci patron ! va avoir besoin d’un flegme de moine tibétain. Car les Insoumis, à coup sûr, vont poursuivre leur bal des flèches venimeuses.

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