Deux mois. C'est le temps qu'aura passé Gilles G. derrière les barreaux, du moins pour l'instant. Mardi 19 mai 2026, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles a ordonné la remise en liberté de cet ancien gardien de la paix de la brigade anticriminalité (BAC) de nuit parisienne, condamné le 27 mars dernier à dix ans de réclusion criminelle pour homicide volontaire sur Olivio Gomes, à Poissy (Yvelines). Une décision rendue malgré l'opposition formelle du parquet.
Les faits : une course-poursuite mortelle
Dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, Olivio Gomes, âgé de 28 ans et père de trois enfants, rentre de soirée avec deux amis au volant de sa Renault Clio. Sur le périphérique parisien, un équipage de la BAC le prend en filature. La course s'achève dans la cité Beauregard, à Poissy, en bas de chez lui. Gilles G. fait feu à trois reprises avec son SIG Sauer. Touché aux deux poumons et à l'aorte thoracique, Olivio Gomes s'effondre sur son volant et décède sur place. Il conduisait sans permis, sous l'empire de l'alcool et de stupéfiants.
Un récit contredit par les preuves
Dès les premières heures de l'enquête, le récit des policiers avait été mis à mal par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) et les expertises balistiques. La vidéosurveillance révèle qu'Olivio Gomes n'avait commis aucune infraction au Code de la route sur le périphérique. Le policier conducteur de la BAC reconnaîtra lui-même, lors du procès, qu'il ne s'agissait que d'un "refus d'obtempérer simple".
La condamnation et la libération
Après cinq jours de procès devant les assises de Versailles et six heures de délibéré, Gilles G. a été reconnu coupable d'homicide volontaire le 27 mars 2026. Condamné à dix ans de réclusion, soit exactement ce que réclamait l'avocat général David Sénat, il écope également d'une interdiction définitive d'exercer toute mission de service public et d'un bannissement du port d'armes pendant quinze ans. Il avait été placé sous mandat de dépôt immédiatement après le verdict. Dans la salle, la décision avait été accueillie sous les applaudissements et les larmes de soulagement de la famille de la victime.
La réaction de la défense
C'est son avocat, Me Laurent-Franck Lienard, spécialisé dans la défense des forces de l'ordre, qui a annoncé mardi soir la nouvelle sur ses réseaux sociaux. "Gilles est sorti de prison !", écrit-il, déplorant un "procès détestable" et l'absence totale de soutien syndical. "Il a été condamné dans l'indifférence totale. Aucun syndicat ne s'est ému de cette décision totalement inédite", poursuit-il. L'avocat dénonce également l'ambiance lors de l'audience, décrivant "une salle comble" qui "applaudissait bruyamment cette décision en hurlant sa joie de voir ce policier partir en détention."
Un appel à venir
La liberté de Gilles G. reste toutefois provisoire. L'appel de sa condamnation sera examiné par la cour d'assises de Nanterre du 9 au 18 novembre prochains. C'est donc devant une nouvelle juridiction que l'affaire sera rejugée dans son intégralité.



