Margot Robbie et Jacob Elordi dans une adaptation bancale des Hauts de Hurlevent
Robbie et Elordi dans une adaptation bancale des Hauts de Hurlevent

Une adaptation audacieuse mais bancale du chef-d'œuvre d'Emily Brontë

Pour le compte d'Emerald Fennell, Margot Robbie et Jacob Elordi incarnent les amants terribles des Hauts de Hurlevent, dans une adaptation cinématographique qui ose mais qui trébuche. Publié au XIXe siècle sous un pseudonyme masculin pour contourner les préjugés sexistes de l'époque, le roman d'Emily Brontë est devenu un classique incontournable de la littérature mondiale.

Une passion dévorante portée à l'écran

L'histoire tourne autour de la relation tumultueuse entre Catherine Earnshaw et Heathcliff, un orphelin recueilli par sa famille. Un sentiment partagé mais contrarié lorsque Cathy, devenue adulte, choisit d'épouser un voisin fortuné. Trahi, Heathcliff disparaît avant de revenir des années plus tard, bouleversant l'ordre établi et semant le chaos.

À l'instar de Laurence Olivier en 1939, Emerald Fennell a fait le choix de ne porter à l'écran que la première moitié du roman, laissant de côté le second acte qui se déroule bien plus tard. Cette décision permet de resserrer l'intrigue sur la relation passionnelle entre les deux protagonistes, interprétés avec conviction par Margot Robbie et Jacob Elordi.

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Une ambivalence qui crée le malaise

Deux sex-symbols hollywoodiens se mettent au service d'un amour toxique où rien ne compte que leur plaisir, quitte à provoquer des ravages autour d'eux et à s'autodétruire. Cette approche présente un double tranchant pour la cinéaste, car elle tend parfois, même involontairement, à valoriser des comportements nocifs.

Le film peine à trouver son équilibre entre respect du matériau source et prises de libertés créatives. En s'orientant vers une esthétique de new romance inspirée de Cinquante nuances de Grey, ponctuée de musiques classiques et pop, Emerald Fennell tombe souvent dans le piège de la guimauve.

Des scènes qui sonnent faux

Certaines séquences illustrent particulièrement ce décalage. Lorsqu'Heathcliff demande son consentement à Isabella, la sœur cadette de l'époux de Catherine, pour la maltraiter s'il l'épouse, et qu'elle accepte sous l'emprise de son attirance, le film ne montre jamais les conséquences réelles de ces agissements. Quelques scènes plus tard, elle est littéralement tenue en laisse comme une chienne.

La psychologie du personnage de Heathcliff, incarné par Jacob Elordi, vise à défier et rendre jalouse sa maîtresse, mais le refus du film de juger ces comportements pervers crée un malaise certain avec les sensibilités contemporaines.

Une direction artistique inégale

Si l'on perçoit le désir de la réalisatrice d'installer une atmosphère à la fois pesante et luxueuse à travers les costumes, les décors et la photographie, certains effets comme la brume ou la neige paraissent artificiels. Les seconds rôles oscillent entre la caricature, comme le père de Cathy, et la réussite, à l'image de la servante interprétée avec justesse par Hong Chau.

Cette dernière incarne un point de vue externe précieux, un regard que cette adaptation de 2026 aurait dû davantage adopter pour éviter de dérouter son public. Hurlevent reste une proposition cinématographique audacieuse mais bancale, qui ne parvient pas totalement à capturer l'essence sombre et sauvage du roman originel.

Hurlevent, d'Emerald Fennell, avec Margot Robbie et Jacob Elordi. Durée : 2 heures 16. En salle le 11 février.

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