153 boîtes de pellicules oubliées dans une cave ont ressurgi en 2023, révélant le fiasco du festival Riviera 76. Organisé les 23-25 juillet 1976 sur le circuit Paul Ricard du Castellet (Var), ce festival devait être le Woodstock européen, porté par Michael Lang, cofondateur du légendaire festival de 1969. Mais rien ne s’est passé comme prévu, comme le raconte le documentaire Riviera 76 – Le Woodstock oublié diffusé sur France.tv.
Un rêve de Woodstock en Provence
Michael Lang, alors âgé de 32 ans, voulait reproduire le succès de Woodstock. En 1969, 400 000 personnes avaient convergé vers Bethel, New York, pour voir Janis Joplin, Santana, The Who et Joe Cocker. Le film tiré de l’événement avait remporté l’Oscar du meilleur documentaire en 1971. Pour Riviera 76, Lang mit les moyens : six caméras, une grue Luma, et une affiche prometteuse : Joe Cocker, Magma, Gil Scott-Heron, Betty Davis. « 36 heures de musique dans 350 hectares d’herbe », annonçait la publicité.
Un festival déserté et chaotique
Seulement 35 000 spectateurs se présentèrent, loin des 200 000 attendus, selon Daniel Alfandari, journaliste de Var Matin qui couvrit l’événement. Beaucoup entrèrent sans payer les 80 francs (environ 12 euros). L’ambiance était pourtant « un peu hallucinatoire », se souvient la festivalière Anita Boman dans le documentaire. Rémi Champseix ajoute : « Beaucoup de gens défoncés, de la musique non-stop, c’était un peu le paradis. » Mais le paradis vira à l’enfer.
Joe Cocker effondré, la mafia à la rescousse
Joe Cocker, tête d’affiche, monta sur scène le dimanche complètement ivre et défoncé. Il ne chanta que six chansons avant d’être hué et de quitter la scène. Pire, Jean-Louis Fargette, dit « la Savonnette », figure de la mafia varoise, vint rançonner Michael Lang. Incapable de payer, Lang négocia une part des droits sur le film à venir… qui ne vit jamais le jour. Les bobines, tournées par les six caméras, furent entreposées dans une cave et oubliées pendant près de 50 ans.
Des séquences musicales exceptionnelles exhumées
Le documentaire de Christophe Duchiron, Riviera 76 – Le Woodstock oublié (60 minutes), compile ces images rares en noir et blanc et en couleur, avec de nombreux témoignages, dont celui du directeur du circuit Paul Ricard de l’époque. On y découvre aussi la prestation fulgurante de Betty Davis, ex-femme de Miles Davis, reine du funk avant l’heure, aussi provocante que Madonna le sera plus tard. Sa carrière ne décolla jamais. Ces images sont un marqueur émouvant d’une époque révolue, qui satisfera nostalgie des anciens et curiosité des jeunes.



