Les recommandations cinéma du 10 juin : "The Christophers", "Le vertige", "Le dernier vrai samouraï"...
Recommandations cinéma : "The Christophers", "Le vertige", "Le dernier vrai samouraï"

En ce mercredi 10 juin 2026, outre les très attendus "Disclosure day" et "The furious", de nombreux autres longs métrages arrivent dans les salles obscures. La rédaction a sélectionné pour vous quelques pépites à ne pas manquer.

"The Christophers" de Steven Soderbergh

Moins célébré que certains de ses contemporains américains, mais indéniablement talentueux, Steven Soderbergh ne se contente pas d'être prolifique : il s'efforce d'être créatif. Depuis sa Palme d'or pour son premier film "Sexe, mensonge et vidéo" en 1989, il n'a cessé de se réinventer pour se régénérer artistiquement. Ce n'est pas le cas du personnage central de son nouveau film "The Christophers" : Julian Sklar (Ian McKellen), ancienne figure du pop art londonien des années 1960, a cessé de produire et s'est enfermé dans une caricature d'artiste misanthrope et atrabilaire. Au soir de sa vie, ses deux enfants (qu'il déteste) engagent Roli, une jeune peintre (Michaela Coel), pour qu'elle termine à son insu une série de toiles inachevées, les "Christophers", qui pourrait leur rapporter des millions. Débutant comme une comédie d'arnaqueurs, genre qui a déjà bien réussi à Soderbergh ("Hors d'atteinte", "Ocean's eleven", "Logan Lucky"), le film bifurque rapidement vers un duel-dialogue en huis clos électrisant d'intelligence, à la manière du "Limier" de Mankiewicz, autour de la question de l'art et de sa valeur marchande, patrimoniale et surtout sentimentale. Remarquablement bien écrit (par Ed Solomon), porté par deux comédiens en état de grâce et réalisé par un cinéaste en pleine forme, "The Christophers" grise autant qu'il bouleverse.

"Le vertige" de Quentin Dupieux

Autre cinéaste ultra-prolifique, le Français Quentin Dupieux revient ce mercredi avec "Le vertige", son premier film d'animation. Encore que ce terme relève de l'hyperbole tant la 3D utilisée renvoie aux cinématiques arthritiques des jeux vidéo des années 1990. Un choix assumé du cinéaste coutumier du concept méta et du gag chelou, toujours à la lisière entre le coup de génie post-moderne et l'escroquerie branchouille ("Réalité", "Au poste !", "Yannick"), qui a bricolé ce film assez court avec cinq jeunes diplômés des Gobelins. Un personnage ressemblant vaguement à Alain Chabat, mais possédant bien sa voix, révèle à son ami ressemblant vaguement à Jonathan Cohen, mais possédant sa voix, que ce qu'ils prennent pour la réalité est en fait une simulation bourrée de glitchs et de bugs. Les compères vont réagir différemment à l'effondrement de leur monde. La première partie est rigolote, nous baladant à deux à l'heure dans une "uncanny valley" à trois balles, semée çà et là de gags fendards. La seconde est plus patraque, tentant de nous dire quelque chose sur l'addiction aux écrans et sur la vacuité du monde généré par les Gafam. "Bienvenue dans le désert du réel", entendait-on dans "Matrix". Face au "Vertige", qui s'y réfère, une question nous vient en réponse : pas de quoi en faire tout un fromage ou tout un désert ?

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"Le dernier vrai samouraï" de Junichi Yasuda

Production indépendante au budget minuscule (26 millions de yens, soit 160 000 dollars), "Le dernier vrai samouraï" a été fabriqué par une petite équipe d'une dizaine de personnes autour du réalisateur Junichi Yasuda qui occupait lui-même une douzaine de postes différents (dont le scénario, la photographie, le montage). Pour un résultat très chouette qui a cartonné au box-office japonais et récolté de nombreux prix de par le monde. L'idée de base est un classique de la pop-culture nippone : le voyage involontaire dans le temps. Alors qu'il s'est lancé dans un combat à mort avec une fine lame d'un autre clan, au milieu d'un orage, Shinzaemon Kosaka, un samouraï de la fin de l'époque d'Edo (vers 1868), est frappé par la foudre. Il se réveille dans le Japon contemporain sur le même site, désormais utilisé comme décor de tournage pour des jidai-geki (films d'époque), avec ce que cela suppose d'immédiats quiproquos. Mais à la comédie de situation fondée sur le jeu des différences anachroniques et le principe du poisson hors de l'eau, "Le dernier vrai samouraï" préfère une réflexion non dénuée de drôlerie mais douce-amère sur l'identité japonaise. Produit d'une histoire rigide et d'une culture codifiée alors sur le déclin, le samouraï "déplacé" va se mettre au service d'un cinéma qui a beaucoup idéalisé son époque d'origine et se trouve à son tour menacé d'obsolescence. Ni réactionnaire ni cynique, le regard que porte Junichi Yasuda tant sur les samouraïs que sur le cinéma qui leur est consacré est plein de tendresse et donne envie d'en savoir plus… et d'en voir encore !

"Eagle vs. Shark" de Taika Waititi

Connu pour avoir signé les deux Marvel les plus proches de la parodie, "Thor : Ragnarok" et "Thor : Love and Thunder", et le bizarre "Jojo Rabbit", le cinéaste néo-zélandais Taika Waititi avait signé quelques pépites dans son pays avant qu'Hollywood ne lui fasse les yeux doux. Grâce au nouveau distributeur Figure O (basé à Montpellier !), on peut enfin découvrir "Eagle vs shark", son premier long métrage de 2007, et un de ses meilleurs ! À Wellington, Lily, timide employée d'un fast-food (Loren Horsley, épatante et attendrissante), est tombée amoureuse de Jarrod, un client régulier un peu renfermé (Jemaine Clement, moitié du duo culte "Flight of the Conchords" et créateur de la série "What we do in the shadows"). Ce n'était pas gagné mais ces maladroits finissent par entamer une liaison et quand Jarrod explique qu'il doit retourner dans sa ville natale pour se venger de celui qui le brimait quand il était petit, évidemment, elle le suit. Mais là aussi, ce n'est pas gagné. Comédie romantique pop dépressive, engourdie, marquée par l'influence de Wes Anderson, "Eagle vs Shark" exhale un charme irrésistible qui doit beaucoup au regard décalé et coloré de Waititi sur la vie, à son humour un peu absurde, un peu idiot, mais toujours du côté des paumés et des perdants, et à sa manière cinématographique de dire que vivre, au fond, tient du bricolage.

"Disclosure day" et "The furious"

Ils n'ont rien à voir mais il faudra les voir : ce mercredi, outre les titres évoqués ci-dessus (sachant qu'il conviendrait d'ajouter "Une année italienne" de Laura Samani, "Fils de personne" de Safy Nebou et le film documentaire "D'un monde à l'autre" de Jérémie Renier), sortent deux des films les plus attendus de l'année. Le premier, et le plus évident, est la nouvelle réalisation de Steven Spielberg : "Disclosure day". À près de 80 ans, cet immense conteur dont le génie de la mise en scène ne montre pas le moindre signe d'essoufflement, renoue avec un sujet qui hante son œuvre depuis près d'un demi-siècle : les extra-terrestres. Après le vertige du premier contact "Rencontres du troisième type" (1977), la fable christique pour toute la famille "E.T." (1982) et le film catastrophe horrifique "La guerre des mondes" (2005), place semble-t-il au techno-thriller mystique. Écrit par David Koepp, "Le jour de la révélation" raconte les aventures d'un lanceur d'alerte (Josh O'Connor) et d'une présentatrice météo (Emily Blunt) qui tentent contre vents, marées et intérêts industriels de révéler un secret d'une ampleur cosmique : nous ne sommes pas seuls dans l'univers. Nos confrères du magazine Télérama qui ont pu voir le film à temps (les veinards) disent que Steven Spielberg "revient à ses jouets préférés : l'émerveillement et la candeur, seuls capables de sauver le monde". Après les ovnis, un ovni : "The furious", décrit par ceux qui ont pu le voir (les veinards aussi) comme un épitomé du cinéma d'action asiatique, autrement dit un résumé-concentré de ce qui s'est fait de mieux, et de plus fou, en matière d'action, de cascade et de combat dans le monde depuis trente ans ! Réalisé par Kenji Tanigaki, chorégraphe des combats surdoué associé de longue date à la star hongkongaise Donnie Yen, "The furious" met en scène Xie Miao, l'artiste martial actuellement en vogue en Chine (le diptyque "Eye for an eye") et Joe Taslim, la baraque indonésienne ("The raid", "The night comes for us"), dans une sombre histoire d'enlèvement d'enfant qui est surtout le prétexte à une succession de bagarres de plus en plus folles et violentes. Pas le cinéma le plus raffiné mais du mouvement à l'état brut, donc du pur cinéma à voir sur grand écran.