Raoul Peck s'attaque à l'héritage visionnaire de George Orwell dans un nouveau documentaire
On ne présente plus Raoul Peck, le cinéaste engagé de 72 ans, né à Port-au-Prince, dont la filmographie est marquée par des œuvres percutantes comme Lumumba. La mort d'un prophète (1991) ou I Am Not Your Negro (2016). Avec son nouveau projet, « Orwell, 2+2=5 », il se lance dans une entreprise ambitieuse : articuler un hommage à la portée visionnaire du roman 1984 de George Orwell, publié en 1949, et un démontage en règle de l'horreur mondialisée contemporaine.
Un roman dont la pertinence reste brûlante
Le roman 1984, dont l'histoire se situe en Grande-Bretagne trente ans après l'instauration d'une dictature suite à une guerre nucléaire, s'inspirait à la fois du nazisme et du stalinisme pour décrire un monde fictif totalitaire. Aujourd'hui, ce monde fictif semble de plus en plus ressembler au nôtre, ce qui confère au projet de Peck une actualité brûlante.
Une narration complexe et stratifiée
Le programme du film est copieux, mené par une voix off qui cite continuellement Orwell, bien que cette dernière puisse parfois sembler plaquée sur les images à la longue. La narration, quant à elle, accumule les strates et enjambe les époques, allant et venant incessamment entre elles :
- Une évocation de la fin de vie de George Orwell, alors qu'il est sur l'île de Jura, en Écosse, entièrement dédié à l'écriture de son roman.
- Une évocation de sa jeunesse et de son parcours intellectuel, où il prend conscience, en tant que soldat de l'Empire, du cynisme du système colonial.
- À partir d'un montage d'archives hétéroclites, une mise à l'épreuve des grands motifs orwelliens appliqués à un monde contemporain soumis à l'oppression funeste des puissances économiques, impérialistes et totalitaires.
Ce documentaire se révèle ainsi comme une œuvre dense et exigeante, qui invite à une réflexion profonde sur les parallèles entre la fiction orwellienne et les réalités politiques actuelles.



