« Pupille » : Jeanne Herry explore avec justesse les méandres de l'adoption
Dans son film « Pupille », la réalisatrice Jeanne Herry plonge au cœur du processus administratif et humain de l'adoption. En suivant chaque étape avec une rigueur documentaire remarquable, elle parvient à créer une œuvre aussi touchante que maîtrisée, diffusée ce soir sur France 2 et disponible sur France.tv.
Une équation humaine simple et puissante
Le film repose sur une prémisse d'une simplicité désarmante : une femme accouche d'un enfant qu'elle ne souhaite pas garder, tandis qu'une autre, Alice, incarnée par l'émouvante Élodie Bouchez, attend depuis huit ans la possibilité de devenir mère. Cette confrontation entre deux destins opposés sert de fil conducteur à une exploration minutieuse de la mécanique de l'adoption.
Jeanne Herry, que l'on avait découverte avec « Elle l'adore », démontre ici toute sa maîtrise de la direction d'acteurs et du dialogue. Loin des artifices de sa première comédie noire, elle adopte avec « Pupille » une approche sobre et efficace, maintenant une tension narrative subtile malgré l'absence de suspense conventionnel.
Un casting au diapason
Le film bénéficie d'une distribution exceptionnelle qui porte avec justesse cette histoire collective :
- Élodie Bouchez déploie toute la sensibilité de son jeu pour incarner Alice, l'adoptante en attente
- Sandrine Kiberlain, actrice fétiche de la réalisatrice, et Clotilde Mollet apportent une touche de folie lunaire à leurs rôles d'assistantes sociales
- Gilles Lellouche est particulièrement convaincant en père intermittent
Les échanges de regards entre ces personnages et le nourrisson constituent certains des moments les plus bouleversants du film, illustrant avec finesse la dimension collective de cette entreprise humaine.
La précision au service de l'émotion
Ce qui fait la force de « Pupille », c'est cette alliance réussie entre la précision quasi documentaire du scénario et la puissance émotionnelle d'une histoire universelle. Jeanne Herry, fille de Julien Clerc et de Miou-Miou (qui interprète la coordinatrice des services sociaux), a choisi de s'intéresser aux bébés nés sous X avec une justesse remarquable.
Le film évite les pièges du mélodrame facile pour privilégier une approche sobre et respectueuse de son sujet. Les protocoles administratifs draconiens, les deux mois d'attente légale, le travail des assistants familiaux : tout est restitué avec une authenticité qui renforce l'impact émotionnel.
« Pupille » se révèle ainsi bien plus qu'un simple film sur l'adoption : c'est une réflexion profonde sur la parentalité, le collectif, et cette formidable entreprise de service public qui veille à ce que l'enfance puisse s'épanouir dans les meilleures conditions. Un film qui, comme le souligne la critique, « fait du bien » par son humanité et sa justesse de ton.
Comédie dramatique française de Jeanne Herry (2018), avec Élodie Bouchez, Sandrine Kiberlain et Gilles Lellouche. Durée : 1h47. Diffusion sur France 2 et disponible à la demande sur France.tv.



