Park Chan-wook signe une comédie noire sur la violence du capitalisme coréen
Présenté à la Mostra de Venise, Aucun autre choix de Park Chan-wook propose un pitch simple mais radical. You Man-su, un père de famille tranquille, est licencié d'une usine de papier. Au chômage, il décide d'éliminer physiquement tous les autres candidats susceptibles d'obtenir le poste qu'il convoite. Comme il n'a rien d'un tueur en série, la situation tourne rapidement au rocambolesque.
Une dédicace à Costa-Gavras et une exploration de la société coréenne
Le cinéaste coréen signe cette comédie noire portée par son acteur fétiche, Lee Byung-hun, tête d'affiche de la série Squid Game. Park Chan-wook dédie son film à Costa-Gavras qui, dans Le Couperet (2005), adapta le premier cette sombre histoire tirée du roman de Donald E. Westlake, The Ax.
« Je voulais réaliser un film qui incite les spectateurs à se poser des questions sur la violence du capitalisme coréen, le déclassement social et les dangers de la robotisation », explique le réalisateur. « En Corée, la pression de la réussite est telle que l'échec professionnel est vécu comme une mort civile, une décapitation. C'est ce qui explique le passage à l'acte du personnage. »
Un cinéaste primé qui explore la nature humaine
Auteur de la Trilogie de la Vengeance qui l'a imposé au début des années 2000, producteur à succès de Transperceneige (2013) de son compatriote Bong Joon-ho (Parasite), Park Chan-wook a été primé trois fois au Festival de Cannes :
- Le déroutant Old Boy (2004)
- Le film de vampire revisité Thirst, ceci est mon sang (2009)
- Le film noir Decision to Leave (2022)
Dans Aucun autre choix, ce grand styliste et explorateur raffiné de la nature humaine s'emploie à démonter les mécanismes de la violence qui poussent un homme vers les extrêmes pour se venger d'un système implacable. Le film pose des questions fondamentales : le personnage a-t-il vraiment le choix ? Comment résister à cette déshumanisation ?
Le chômage à l'ère de la robotisation et de l'intelligence artificielle
Interrogé sur l'actualité brûlante du thème du chômage, Park Chan-wook répond : « Oui, c'est un sujet qui est clairement devenu plus brûlant avec l'avènement de la robotisation, de l'intelligence artificielle et des algorithmes. Le personnage principal est un homme de la classe moyenne, d'âge mûr, habitué à un certain confort. Chez lui, l'idée du collectif ou de la révolution n'existe plus. »
Le réalisateur précise : « En Corée - et aux États-Unis également - cette idée a largement disparu. La seule solution qu'il envisage est donc individualiste, immédiate et réaliste. Il pense que c'est la seule qui puisse résoudre son problème. C'est une solution à la fois inquiétante et profondément triste. »
Le titre comme reflet d'une société impitoyable
Le titre Aucun autre choix suggère que le personnage est impitoyable, bloqué dans le but qu'il s'est fixé. « Cette expression est souvent utilisée par le personnage et par ses supérieurs. En général, c'est une excuse pour se dédouaner », analyse Park Chan-wook. « Même lorsqu'on sait qu'il existe un choix moral, dire 'je n'avais pas le choix' est une excuse lâche. Pourtant, lorsqu'on regarde de plus près tout ce qui l'entoure, il devient très difficile de trancher. A-t-il réellement le choix ? »
Le cinéaste décrit la réalité coréenne : « La Corée du Sud est perçue comme l'exemple d'un capitalisme impitoyable, où perdre son emploi équivaut à une décapitation sociale. L'expression 'être décapité' existe réellement en coréen. Cela renvoie à la disparition du gagne-pain d'un foyer. En Corée, la position hiérarchique dans la société est extrêmement importante, et avoir un emploi est absolument central. »
Une adaptation différente de celle de Costa-Gavras
Sur sa relation avec le film de Costa-Gavras, Le Couperet, Park Chan-wook confie : « Au départ, j'étais très inquiet. Adapter de nouveau un film relativement récent me semblait risqué. Mais une fois que j'ai revu le film, j'ai compris qu'il adoptait une approche très différente de la mienne. Le point commun entre les deux films est qu'il s'agit de comédies. Chez Costa-Gavras, le film est sec et froid. De façon métaphorique, je dirais que mon film est plus 'chaud', plus chaleureux. »
Un cinéaste qui aborde les questions politiques sans être militant
Interrogé sur son engagement politique, Park Chan-wook répond : « Non, je ne suis pas militant. En revanche, quand on évoque la place de l'humain dans notre société, il est difficile d'éviter les questions liées au capitalisme. Et en tant que citoyen coréen, il me semble presque impossible de parler de la société sans aborder, d'une manière ou d'une autre, des problématiques politiques. »
Un style baroque et chirurgical
Sur son style qualifié de « baroque et chirurgical », le réalisateur commente : « Le terme 'baroque' peut varier selon ceux qui l'emploient, mais dans l'ensemble, je suis assez d'accord. Quant à l'aspect chirurgical, c'est vrai que je pense qu'une petite erreur peut être fatale à l'ensemble d'un film. J'accorde donc une attention très rigoureuse à chaque détail. Pour moi, le détail est aussi important que l'ensemble. »
La musique comme élément essentiel du film
La musique tient une place pertinente dans le film, avec notamment Mozart et un thème de Marin Marais comme Le Badinage. Park Chan-wook explique : « Chez moi, la musique est essentielle. Concernant Mozart, j'avais choisi ce concerto dès l'écriture du scénario, en 2009. Il fait l'ouverture du film : on entend l'orchestre, le ciel s'éclaire, les nuages s'ouvrent, le soleil apparaît. Cela donne l'image d'une famille parfaite, du moins en apparence. »
Le réalisateur ajoute : « Vers la fin du film, après le troisième meurtre, le même concerto revient lors d'une scène où le couple s'enlace. Mais cette fois, tout est différent : la famille a complètement changé. »
Aucun autre choix sort en salles le 11 février, offrant aux spectateurs une réflexion profonde sur les mécanismes de la violence sociale et les impasses du capitalisme contemporain.



