La Nostalgie des Années 1980 Envahit le Cinéma et la Culture Pop
Nostalgie des années 1980 au cinéma et culture pop

Le Retour en Force des Années 1980 dans la Culture Populaire

Le phénomène a pris son essor outre-Atlantique : les années 1980 ressurgissent avec force dans Ready Player One (2018) de Steven Spielberg, porté par les bandes-son emblématiques de Duran Duran et Depeche Mode. Cette résurgence intervient seulement trois ans après Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force, revisité par J. J. Abrams, qui, tout comme il l'avait déjà fait en 2011 avec Super 8, réactive ce sentiment de nostalgie profonde, celle du premier volet de la saga culte.

Une Vague Rétro qui S'étend au Petit Écran

Dans la foulée, la série Stranger Things emboîte le pas, plongeant les spectateurs dans un bain de nostalgie teinté de fantastique, aux côtés d'un groupe d'enfants pédalant en costume de ghostbusters. Il ne s'agit pas d'un simple pastiche, mais bien d'une fétichisation d'une époque entière, qui passe par la musique (Kate Bush, The Police, Abba, Scorpions), les talkies-walkies, les walkmans, les vieux BMX, le jeu Donjons et Dragons, les clins d'œil à Steven Spielberg et à John Carpenter, sans oublier la mode avec ses pantalons taille haute et ses chemises trop larges.

L'Adolescence, l'Espoir et la Fascination Rétrospective

En France, pour retrouver la trace de ces années 1980, il faut remonter à Vincent Maël Cardona (Les Magnétiques, 2019), à François Ozon (Été 85, 2020) et, plus récemment, à Gilles Lellouche, qui, dans L'Amour ouf, surfe habilement sur cette vague rétro enjolivée par les tubes imparables de Deep Purple et The Cure. Ce passé retrouvé, on le rembobine encore dans la nouvelle comédie d'Olivier Nakache et Éric Toledano, Juste une illusion – le titre étant un clin d'œil au tube de Téléphone.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le tandem d'Intouchables, du Sens de la fête et de la série En thérapie plonge le spectateur en 1985, au sein d'une famille de la banlieue parisienne. Entre un père au chômage et une mère qui s'émancipe dans son emploi, on suit les pas de Vincent, 13 ans, qui s'éveille au monde qui l'entoure.

« Pour Olivier et moi-même, c'est une façon de renouer avec une période charnière – notre enfance et notre adolescence –, à travers des sensations, des chansons, des petits riens, confie Éric Toledano. Le cinéma est une formidable machine à capturer le temps, comme Barjavel en rêvait dans Le Voyageur imprudent. Depuis nos débuts, on essaie simplement de peindre la société telle qu'on la voit. Notre génération est fascinée par les années 1980, cette période d'entre-deux marquée par l'espoir de la gauche au pouvoir, par les crises naissantes – le chômage de masse, le sida – et par l'illusion de croire qu'on va régler tous les problèmes. »

Les Années Mitterrand, une Époque « Réconfortante »

Dans cet engouement des cinéastes et producteurs, qui y voient une sorte d'âge d'or passé au filtre mémoriel, il y a un effet générationnel, le besoin de faire une pause, de regarder en arrière et de retrouver « leur doudou d'enfance, phénomène commun à toutes les générations », selon l'essayiste et directeur du département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop, Jérôme Fourquet.

« C'est, analyse-t-il, le signe d'une génération montante de quinquagénaires qui se remémorent cette époque qui leur paraît aujourd'hui plus réconfortante, avant la chute du mur de Berlin et la globalisation effrénée. C'est très vintage même s'il y a déjà les ferments – immigration, racisme, violence – de ce que nous vivons aujourd'hui. Sur le plan politique, on est encore dans l'ordonnancement gauche-droite, et le Front national n'en est qu'à ses débuts. C'est la France mitterrandienne qui affiche des éléments de modernité et de technologie, comme la naissance du CD, l'avènement d'Internet, les premiers ordinateurs personnels. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Tous ces thèmes apparaissent en filigrane dans Juste une illusion. « En écrivant cette comédie avec Olivier, note Éric Toledano, on s'est rendu compte à quel point on avait été marqué par cette métamorphose de l'adolescence. Je crois que c'est l'un des effets de notre série En thérapie, cette écoute de l'autre en champ-contrechamp, qui nous a ouvert les yeux et permis de comprendre à quel point on est déterminé par ces moments. Pour moi, ce n'est pas de la nostalgie mais un regard sur un temps révolu qui ne nous empêche pas d'avancer. »

L'Effet « Doudou » qui Pourrait Durer

Les années 1980, Jérôme Fourquet les voit aussi comme « les derniers feux d'un monde analogique où les choses allaient moins vite qu'aujourd'hui, note-t-il. On ne parlait pas beaucoup de la Chine. C'était le temps de la Marche des beurs (1983) et de l'affaire du foulard islamique de Creil (1989), mais le poids de l'immigration dans la société n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. Renaud chantait Deuxième génération – “Je m'appelle Slimane et j'ai quinze ans/Je vis chez mes vieux à la Courneuve”. Oui, c'était moins disruptif qu'aujourd'hui, malgré la crise des euromissiles entre les États-Unis et l'Union soviétique, pendant que Sting prônait la fin de la guerre froide avec Russians. »

Selon Michel Drucker, l'animateur vedette de l'émission Champs-Élysées, musique et pop culture sont les vecteurs incontournables des années 1980 : « C'était une époque dorée, de grande effervescence artistique. Je pense à Téléphone, Michel Berger et Luc Plamondon, Coluche, Jean-Jacques Goldman, Alain Bashung, Michael Jackson, Julien Clerc, Alain Souchon, France Gall, Patrick Bruel, Bernard Lavilliers, Florent Pagny. Ce n'étaient pas des étoiles filantes, ils continuent d'exister. »

Effet de mode ou pas, illusion ou pas, le « doudou » des années 1980 existe toujours dans l'imaginaire collectif. Et le phénomène pourrait durer, lorsqu'on sait que le prochain film – très attendu – de Joseph Kosinski (Top Gun : Maverick et F1), Deux Flics à Miami, tiré de la série culte des années 1980, renouera, l'an prochain, avec le glamour et le look des origines à Magic City.

Juste une illusion est actuellement en salle. Une comédie qui fait du bien et nous entraîne en 1985, en banlieue parisienne, dans les pas de Vincent (Simon Boublil), bientôt 13 ans, de son grand frère (Alexis Rosenstiehl), et de ses parents, qui s'aiment tout en se disputant sans cesse (Louis Garrel et Camille Cottin). C'est le regard étonné d'un préado sur le monde qui l'entoure. Le tandem Toledano/Nakache a le chic pour capturer l'atmosphère de ces années-là, restituées dans les moindres détails et avec les tubes imparables de Téléphone et d'Imagination. Tout est rondement mis en scène, bien dialogué, léger, drôle et joué avec beaucoup de naturel par des acteurs au diapason.