« Michael » : un biopic édulcoré qui évite les zones d'ombre
« Michael » : un biopic édulcoré évitant les zones d'ombre

Le Grand Rex a fait salle comble, mardi 21 avril. La mythique salle de spectacles parisienne a accueilli l'avant-première française de Michael, le biopic consacré à Michael Jackson réalisé par Antoine Fuqua, en salles ce mercredi. Un film très attendu au vu de la popularité du « roi de la pop ». Les 2 700 personnes présentes se sont déhanchées sur les tubes de l'artiste et ont vu Jaafar Jackson se glisser avec grâce dans les pas de son oncle. Mais c'est autant de spectateurs qui ont découvert une version un brin récrite de l'histoire du chanteur décédé en 2009.

Un film semi-édulcoré

« C'est un film semi-édulcoré, confirme Richard Lecocq, auteur de plusieurs ouvrages sur la superstar américaine et qui a pu découvrir le film en avant-première. Il faut fabriquer un film qui puisse rencontrer le grand public. Cela implique de faire des pas de côté sur certaines choses, d'en mettre certaines en avant, d'en occulter d'autres. » Durant deux heures, le film déroule en effet la vie de la star lors de sa période faste (époque « Thriller » et « Bad »)… tout en prenant bien soin d'éviter les zones les plus sombres.

Le 7 avril, le très respecté média américain Variety révèle que le film devait évoquer, dans une séquence, l'un des chapitres les plus sombres de la vie du chanteur : « Le roi de la pop fixe son reflet dans le miroir, son regard empreint de tristesse se lisant sur les gyrophares d'une voiture de police qui clignotent derrière lui. Nous sommes en 1993, dix ans après le succès phénoménal de “Thriller”, et Jackson vient d'être accusé d'agressions sexuelles sur mineurs. » En l'occurrence par Jordan Chandler, alors âgé de 13 ans.

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Des scènes supprimées à cause d'une clause juridique

Une grande partie du troisième acte, selon Variety, devait étudier l'impact de ce scandale sur la vie de Michael Jackson. Mais, coup de tonnerre : les avocats de la succession de l'artiste découvrent, alors que les scènes ont déjà été tournées, une clause dans l'accord à l'amiable signé entre l'artiste et son accusateur en 1994. Elle interdit toute représentation ou mention de Jordan Chandler dans un film.

À la suite de cette découverte, l'équipe de tournage se réunit donc en juin 2025 pour 22 jours de tournage additionnel, afin de filmer un nouveau troisième acte. Coût de l'impair : dix à quinze millions de dollars, sur un budget initial de 155 millions, rapporte Variety. Dès lors, comme le souligne Richard Lecocq, « la période que traite le film ne concerne plus la période des accusations » (« Bad » sort en 1987) et s'évite ainsi quelques reproches.

Tensions familiales et absences notables

« L'univers de Michael Jackson est traversé par beaucoup d'influences, de conflits, de procès, de désaccords entre les uns et les autres », souligne encore l'expert, qui rappelle que la production a été marquée par des tensions entre les différentes parties prenantes, qui « n'ont pas toutes la même vision de Michael Jackson, qu'il s'agisse de la famille, des avocats ou des collaborateurs qui gravitent autour du dossier ».

Paris Jackson, la fille du chanteur, s'est par exemple désolidarisée du projet : « Une des raisons pour lesquelles je n'ai rien dit jusqu'ici, c'est que je sais que beaucoup d'entre vous seront contents du film. Il flatte une partie très précise des fans de mon père, ceux qui vivent encore dans le fantasme. […] Le récit est contrôlé, il y a beaucoup d'inexactitudes, et de mensonges purs et simples », a-t-elle déclaré, quelques semaines avant la sortie du film.

De même, Janet Jackson a refusé d'apparaître dans le film, alors même qu'une actrice avait été choisie pour l'incarner. « Janet et son jeune frère Randy sont en guerre avec les avocats de Michael Jackson », précise Richard Lecocq. Diana Ross, figure essentielle du début de carrière de l'artiste, est elle aussi absente du biopic. Richard Lecocq dit « regretter que ne soit pas évoquée la période où il tourne “The Wiz” avec elle. C'est là qu'il rencontre Quincy Jones. On aurait aimé voir cette rencontre avec celui avec qui il va produire trois albums qui marqueront l'histoire de la musique. C'est le genre de choses qui affaiblissent un peu le récit. »

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Un grand spectacle musical malgré des compromis

Mais Richard Lecocq admet que le film évoque quelques passages moins glorieux : « On voit les opérations de chirurgie esthétique, le moment où il se brûle le cuir chevelu sur le tournage de la publicité Pepsi. On voit son père le maltraiter. Et le paradoxe, c'est que cela donne envie d'en voir davantage. Mais le format a joué contre le film. Il a été ramené à deux heures pour des raisons d'exploitation en salles. Résultat : on sort avec l'impression qu'on aurait aimé que certaines scènes soient approfondies. »

« Si je devais définir le biopic, je dirais que c'est un grand spectacle musical, articulé autour de deux ou trois faits liés à l'ascension de Michael Jackson. Mais il y a eu des compromis », estime le spécialiste. Michael s'inscrit ainsi dans une longue lignée de biopics hagiographiques, contrôlés artistiquement par la star ou ses proches. « C'est vrai pour pratiquement tous les biopics. Elvis, Bohemian Rhapsody – Brian May était impliqué dans ce dernier –, Whitney Houston : I Wanna Dance with Somebody… Dès lors qu'il y a autant de monde impliqué, on obtient un récit plus contrôlé, plus lisse. »

Une suite pour affronter les zones d'ombre ?

Le film s'achève sur un message frustrant : « L'histoire continue. » L'ambition est déjà là : en cas de succès, un autre film explorera le reste de la carrière de Michael Jackson. Et là, difficile d'éviter les parties les plus sombres, à partir des années 1990 : « La suite devra clairement montrer le déclin et la chute. Comment l'univers Jackson vacille. Et comment il affronte alors des problèmes majeurs : les accusations de pédophilie, la ruine, un système qui semble se retourner contre lui, une maison de disques qui ne le soutient plus, et même la guerre ouverte avec le PDG de Sony de l'époque. Le moment où l'univers Jackson devient un brasier, où tout se dérègle », souligne Richard Lecocq. Elle devra affronter ce que ce premier film esquive. Faire ce que Michael refuse : montrer l'homme, dans toutes ses failles tragiques, au-delà de la légende.