Michael Jackson : le biopic controversé qui divise critiques et experts
Michael Jackson : le biopic controversé qui divise

Un biopic très attendu mais critiqué

La folie des biopics sur les stars de la pop rock continue son bonhomme de chemin. Après Elton John, Elvis Presley, Bruce Springsteen, Amy Winehouse, Freddie Mercury, Whitney Houston, Robbie Williams, Bob Dylan, Bob Marley… et en attendant les quatre films de Sam Mendes sur les Beatles mais aussi ceux sur Snoop Dogg, Britney Spears, les Bee Gees, Madonna et Johnny Hallyday, voici venu le tour de Michael Jackson. Michael, biopic sur la mégastar, a débarqué sur nos écrans le mercredi 22 avril. Près de dix-sept ans après sa mort, à 50 ans, d’une overdose médicamenteuse, Hollywood s’est attaqué à la vie du roi de la pop dans une superproduction qui devrait relancer la Jacksonmania. Son triomphe au box-office semble inévitable. Pourtant, le film est la cible de moult critiques. Édulcoré, sans aspérité, consensuel… La presse y voit une hagiographie formatée pour plaire au plus grand nombre. Surtout, elle accuse les auteurs d’avoir expurgé du récit les démêlés du chanteur avec la justice, suite à de graves accusations d’agressions sexuelles sur mineurs depuis 1993 (le film s’achève en 1988 au moment de la tournée Bad World Tour).

Les experts donnent leur avis

Les trois musicologues que nous avons sollicités connaissent tout de la vie de Michael Jackson, sont auteurs d’ouvrages de référence à son sujet et nous donnent à leur tour leur avis éclairé : Isabelle Petitjean, titulaire d’un doctorat sur le chanteur, a signé trois ouvrages sur l’idole dont, en 2019, le remarquable Michael Jackson Black or White ? Un artiste hors norme face à une industrie musicale racialisée. Le romancier et journaliste du magazine Rock & Folk Olivier Cachin vient aussi de sortir un formidable livre sur l’auteur de Billie Jean, Michael Jackson : Pop Life. Enfin, Richard Lecocq, grand spécialiste de la musique noire, a écrit trois biographies sur le chanteur dont la dernière Michael Jackson Legend est parue en 2025 chez Glénat.

Jaafar Jackson approuvé

On commence par interroger le trio sur la performance de Jaafar Jackson, fils de Germaine Jackson et neveu de Michael, qui a la lourde tâche à 29 ans d’incarner le King of Pop à l’écran et de danser aussi bien le Moonwalk. Est-il un sosie approximatif de son oncle ou la résurrection de la superstar des années 1980 ? « Pour son premier rôle au cinéma, je trouve qu’il s’en est bien sorti » répond Richard Lecocq. « Il l’incarne de façon crédible. C’est vraiment une bonne surprise parce qu’on avait un peu peur. Il a dû beaucoup répéter. Il arrive vraiment à choper les mimiques et les attitudes du chanteur. » Olivier Cachin semble d’accord : « Franchement, je trouve qu’il est plutôt bon. Sa prestation est tout à fait correcte. Au niveau de la voix, c’est très troublant. Je ne sais pas si la production a bidouillé le mixage avec de l’IA mais on a vraiment l’impression d’entendre Michael. » Isabelle Petitjean se range aussi du côté de ses confrères : « Écoutez, je suis allée voir le film à reculons pour plein de raisons. Et j’ai quand même été bluffée par sa performance. Je pense qu’il a dû énormément travailler parce qu’en termes de gestuelles et de chorégraphies, il s’approche quand même pas mal de son modèle. Même s’il n’a pas la même silhouette, la même physionomie et les mêmes caractéristiques physiques que Michael. Mais chapeau tout de même ! Il a bien fait le travail. Et puis il y a une petite ressemblance familiale, surtout de profil. » « Il faut saluer aussi la très bonne prestation de Juliano Krue Valdi qui interprète Michael enfant, de 5 à 10 ans, dans la première demi-heure du film. Notamment dans les séquences de concerts avec les Jackson Five » ajoute Lecocq.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale
Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des omissions regrettables

« Il manque des tas de choses. Par exemple, les frères Jackson sont inexistants dans le film. Diana Ross est complètement absente » déplore Olivier Cachin. Isabelle Petitjean rebondit sur l’autre point fort de ce biopic : « Je trouve ce film très pédagogique. C’est un bon résumé de la carrière de Michael pour la jeune génération qui ne l’a pas connu. Certains n’étaient même pas nés quand il est mort en 2009. Ils ont dû apprendre plein de choses. Le film s’adresse à ce nouveau public. Les auteurs ont réussi à faire un condensé de trente années de sa vie qui mériterait une mini-série Netflix de douze heures. On peut regretter en revanche qu’il y a certaines périodes de sa vie qui sont totalement éludées. Il y a des manquements. Je pense que c’est un choix délibéré. On ne peut pas tout couvrir en deux heures. » Cachin exprime les mêmes regrets : « Il manque des tas de choses. Par exemple, les frères Jackson sont inexistants dans le film. Diana Ross est complètement absente. Et puis le producteur Quincy Jones n’apparaît seulement que quelques minutes en studio. J’aurais adoré voir la première rencontre entre Michael et Quincy sur le tournage du film de Sidney Lumet The Wiz en 1978. Une comédie musicale basée sur Le magicien d’Oz avec aussi Diana Ross au générique. C’est frustrant ». Selon l’expert, il aurait fallu une demi-heure de plus à ce long-métrage : « Antoine Fuqua, le réalisateur de Training Day et de la trilogie Equalizer, a eu de nombreuses contraintes ce qui explique tous les arrangements avec la réalité. Il y a eu forcément des compromis. Ce n’est pas la catastrophe qu’on aurait pu craindre vu tous les problèmes qu’il y a eu sur le tournage, les « reshoots », sa sortie retardée, etc. Mais c’est clair que ce n’est pas une œuvre qui va rester dans l’histoire du cinéma. »

Le personnage du père de Michael Jackson est un brin caricatural

« Il y a aussi quelques inexactitudes dans le film » précise Isabelle Petitjean. « Par exemple, ce n’est pas Suzanne de Passe, la directrice artistique du label Motown, qui a découvert The Jackson Five. C’est le chanteur soul Bobby Taylor qui les avait d’abord repérés en concert à Chicago en juillet 1968 et qui en a parlé à de Passe pour qu’elle arrive à convaincre le boss de la Motown Berry Gordy de leur faire signer un contrat. Gordy ne voulait plus avoir affaire à des enfants suite aux déboires judiciaires qu’il avait eus avec le jeune Stevie Wonder et sa mère ! » Le thème principal du film étant l’émancipation d’un artiste du joug de son père toxique – à savoir Joseph Jackson, le père tyrannique de Michael qui corrigeait son fils à coups de ceinturon – on demande à nos experts de nous éclairer sur ce musicien raté qui a opéré un transfert sur ses enfants, qu’il a coachés pendant des années avant de devenir leur manager. « Il est vrai que Joe faisait très peur à sa famille » explique Isabelle Petitjean. « Mais j’ai trouvé que son personnage était un brin caricatural. Ils ont forcé le trait. C’est un petit peu too much. Je sais qu’il était violent mais pas seulement qu’avec Michael. Avec tous ses enfants ! » Olivier Cachin nous apprend « qu’à cause de Joseph, il n’y a pas eu de tournée solo de Michael en 1982 pour la sortie de Thriller, l’album le plus vendu de tous les temps ! Joe ne voulait faire que des concerts avec tous les frères Jackson. Il n’y en a donc eu aucun pour Thriller, l’album qui a redéfini à lui seul l’industrie du disque avec ses tubes légendaires qui font aujourd’hui des milliards de streams sur les plateformes numériques ! C’est hallucinant. »

Des sujets sensibles abordés malgré tout

« On a reproché au film son côté lisse et aseptisé » conclut Lecocq. « Mais le réalisateur a tout de même pris un risque en abordant deux sujets gênants : d’abord, son opération nasale. Quand Michael a fait appel à la chirurgie esthétique pour se refaire le nez. Il avait en effet développé un complexe du fait que son père le surnommait « Big Nose ! » (« Gros pif ! »). Puis le film évoque également la maladie auto-immune dont il souffrait, le vitiligo, qui dépigmente la peau et provoque des taches blanches sur le corps. C’est important, parce que c’est quelque chose qui l’a profondément marqué dans sa vie. Il a pendant très longtemps gardé secret cette maladie. Ce qui a déclenché beaucoup de rumeurs… Comme quoi Michael est beaucoup moins artificiel qu’on le prétend. Si le succès est au rendez-vous, il y aura une suite. Et on devrait en savoir encore plus sur MJ ! »