Ce vendredi 17 juillet 2026, la Pinède-Gould d'Antibes a vibré au rythme du show « We Want Miles ! », un hommage vibrant à Miles Davis pour le centenaire de sa naissance. Le bassiste Marcus Miller, 68 ans, a réuni sur scène le guitariste Mike Stern, le saxophoniste Bill Evans et le percussionniste Mino Cinelu, tous compagnons de route du trompettiste lors de son retour en 1981 après plusieurs années de silence. Le trompettiste Russell Gunn, complice de Miller depuis une décennie, le batteur Anwar Marshall et le claviériste Brett Williams complétaient la formation.
Une réunion de « camarades de lycée »
Marcus Miller a confié en interview que les retrouvailles avec ces musiciens (Stern, Evans, Cinelu) ont ressemblé à « une réunion d'anciens camarades de lycée ». « Certains ont pris du poids, d'autres n'ont plus de cheveux... Quelques-uns d'entre nous s'étaient déjà retrouvés. Mais tous ensemble, cela faisait 45 ans qu'on n'avait plus joué », a-t-il déclaré. Pourtant, dès les premières notes, « il ne nous a fallu que quelques minutes pour que tout redémarre, comme si rien n'avait changé ». Le nom de la tournée s'inspire de l'album live We Want Miles, enregistré à Tokyo en 1981, qui traverse plusieurs périodes clés de l'œuvre de Davis.
La rencontre avec Miles Davis : un coup de chance
Miller a raconté comment il a intégré le groupe de Miles Davis en 1981. « Je jouais dans les clubs de jazz à New York et on commençait à entendre des rumeurs, qui disait qu'il pensait à son retour et qu'il cherchait des musiciens. Cela faisait presque six ans qu'on n'entendait plus parler de lui, on se demandait s'il était encore en vie », a-t-il expliqué. Un jour, lors d'une session d'enregistrement, il a reçu un message : « Rappelle Miles Davis ». Il l'a fait et Davis lui a dit : « Hey mec, peux-tu être dans le studio dans 2 heures ? ». Miller a répondu : « Putain ouais ! Mais c'est vraiment toi ? » Ils ont passé trois jours à enregistrer, puis Davis lui a demandé de rejoindre son groupe.
Une relation facilitée par Cicely Tyson
« J'ai été très chanceux de le rencontrer au bon moment », a souligné Miller. Au début, Davis faisait encore « des choses folles », mais peu après, il a épousé l'actrice Cicely Tyson. « Elle l'empêchait de faire tout ça, elle l'emmenait à l'église. Quand je l'ai retrouvé et que je composais pour lui, il était clair, amusant, encourageant », a ajouté le bassiste. Miller a appris de Davis à ne pas avoir peur de ses idées et de ses instincts, observant comment il traversait la vie de manière très créative. « La trompette était juste l'une de ses voix. Il avait commencé à peindre, c'était très beau, unique. Surtout, il se souciait peu de ce que les autres pouvaient penser de lui et son art », a-t-il dit.
L'album « Tutu » : une controverse assumée
L'album Tutu (1986), composé par Miller pour Davis, a suscité des réactions contrastées. « Quand le disque est sorti, les jeunes ont dit que c'était incroyable. Et les conservateurs ont dit qu'ils détestaient ça. Pour moi, c'était le plus grand succès imaginable. Les gens étaient forcés de choisir un camp : un vrai disque de Miles », a commenté Miller.
Jazz à Juan : une histoire d'amour
Miller a foulé la scène de Jazz à Juan pour la première fois en 1998. « Je n'aurais jamais pu imaginer ça la première fois où j'ai joué ici, en 1998. Si vous me l'aviez prédit, je ne vous aurais certainement pas cru », a-t-il confié. Il se souvient parfaitement de cette première : « On arrivait de Pori, en Finlande. Super froid, super sombre. On a roulé pendant peut-être un jour et demi pour arriver. Et quand j'ai ouvert la porte du bus, c'était comme la scène avec Dorothy dans Le Magicien d'Oz. Il y avait cette plage, ce temps merveilleux. J'ai immédiatement adoré. » Après le concert, il a participé à une jam session à l'hôtel avec Roy Hargrove et Joshua Redman jusqu'à 4 heures du matin.
Ce concert du 17 juillet 2026 marque la 14e venue de Marcus Miller à Jazz à Juan, un record partagé avec Dee Dee Bridgewater. Le festival, qui célèbre cette année sa 50e édition, a vu Miles Davis marquer son histoire avec un live mémorable en 1963. Miller, qui a signé l'affiche du festival, perpétue ainsi la légende.



