"L'entente" : la beauté fragile dans la noirceur d'Alexandrie
"L'entente" : beauté fragile dans la noirceur d'Alexandrie

"L’entente – La face cachée d’Alexandrie" est en salle : au bout d’un tunnel de noirceur, une lumière, une beauté mais si fragile…

Au coeur de "L’entente", la relation, renaissante, dissonante, bouleversante, entre deux frères. Hassala Films, Caracteres Productions, Seera Films / Tahia Films. Ajouter aux sources préférées sur Google Cinéma, Actu ciné, Culture et loisirs. Publié le 06/05/2026 à 13:05. Article rédigé par Jérémy Bernède, Midi Libre.

Pour son premier long métrage, inspiré d’une réalité sociale invisibilisée, Mohamed Rashad montre une jeunesse égyptienne laborieuse, coincée dans la marge et condamnée à un destin indifférent. Dur mais beau.

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Une plongée dans l’Égypte contemporaine

"Vous qui entrez, laissez toute espérance". N’en déplaise à Dante, il n’est pas question des Enfers mais de l’Égypte contemporaine. D’Alexandrie. Ne cherchez pas, les sirènes de son port naguère chantées à tue-tête ont depuis longtemps péri, bouffées par la consomption comme il en va des rêves dans une société qui les proscrit. C’est loin de la mer, mais très, très près de l’amer, dans la "face cachée d’Alexandrie", que vivent, précaires, les frères Hossam, 23 ans, et Maro, 12 ans. Une "entente" va les rapprocher. Et les différencier.

Le plus âgé, qui, jusque-là, vivait loin de sa famille de divers petits trafics, se voit offrir un vrai job dans la petite aciérie où travaillait son père qui vient de décéder, apparemment dans un accident de travail : en compensation de leur perte, et contre l’assurance d’aucune poursuite judiciaire, on leur offre un travail sans un regard sur les qualifications. Le cadet a obtenu de leur mère, impotente, de lâcher l’école pour l’accompagner à l’usine…

Un style documentaire âpre et sincère

Passé par le cinéma documentaire, Mohamed Rashad signe avec L’entente – La face cachée d’Alexandrie, son premier long métrage de fiction, et le moins que l’on puisse en dire, c’est qu’il ne cherche pas à caresser la rétine du spectateur dans le sens du cil : décors décrépits, couleurs blafardes, lumières neutres, cadres larges, silences pesants, visages fermés… ça ne rigole pas mais pourquoi le faudrait-il ?

Malgré la misère, la beauté. Mohamed Rashad s’intéresse aux laissés-pour-compte et aux masses laborieuses anonymes de ces minuscules usines de la sous-traitance dont tout le monde, au fond, se fiche des conditions de travail et de vie. Il veut en rendre compte sans détour, avec franchise, sécheresse même, tant pis si cela heurte notre sensibilité d’Occidental qui préfère regarder ailleurs. Mais non regardons. Acceptons de regarder. Prenons ce temps.

Une relation fraternelle au centre du récit

Suivons Hossam, ce beau gosse au visage perpétuellement renfrogné (Adham Shukr), et son frangin qui ne le quitte plus. Alors, à l’inverse de ce dernier, toujours à côté de lui mais hélas surtout de la plaque, on comprendra peu à peu ce qui se joue. Entre Hossam et les autres ouvriers opprimés et partant méfiants. Entre Hossam et une mystérieuse ouvrière qui l’a repéré, lui parle un peu au téléphone mais refuse encore de dire qui elle est. Entre Hossam et le patron de l’usine au comportement ambivalent. Entre Hossam… et Hossam.

Un espoir fragile dans un monde de désespérance

Alors la "face cachée de la face cachée" se révélera à nous : un espoir si sensible, si fragile derrière une désespérance si concrète, si solide. Mais il ne faut pas détourner le regard, ne cligner des yeux, ne pas louper un battement de cœur, car la beauté, terrassante, en cet inframonde abandonné de tous, est fugace, terriblement fugace. La noirceur ne fait qu’une bouchée de la beauté.

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